Chapitre 4 : Quand le destin s'invite dans la danse

 

Chapitre 4

 

La sorcière l'avait conduit dans sa chambre. Un lit deux places trônait sur le mur gauche, à la fois moderne et esthétique, sur les draps bleus ciels étaient écris en noir des caractères chinois. Sous une grande fenêtre était un bureau en bois laqué noir et bleu, l'ébéniste qui l'avait conçu apparemment aimait les porta faux, il y reposait un ordinateur surplombé par un petit néon léclairant d'une lumière pâle, une chaise simple, toujours dans les mêmes tons avait été glissée en dessous. La sorcière sortit du mini bar situé à l'opposé du bureau, une bouteille de ce liquide rouge dont il ne pouvait plus se passer et pour elle, une canette de bière. Puis elle déposa sur la table basse en verre qui reposait sur un tapis au motif géométrique noir et blanc, deux verres. Elle s'affala sur la banquette en face du fauteuil dans lequel, le vampire avait lui même pris place. Il contempla les lustres en cristal qui cascadaient du plafond vers le sol dans un agréable tourbillon de lumière. Des moulures fines et délicatement ouvragées serpentaient au plafond jusqu'aux quatre murs dont le dégradé de bleu pastel surchargeait un peu la pièce. Il porta le verre à ses lèvres savourant chaque gorgée avec délice, gourmandise et plaisir. Son regard s'évada par la fenêtre pour admirer le camaïeu des couleurs qui animaient le ciel crépusculaire. Ses pensées revinrent au combat qui venait de se dérouler. Il aimait se battre depuis qu'il était devenu hybride. Auparavant, cela ne lui aurait même pas venu à l'idée, étant petit il fuyait les bagarres. Pour canaliser son agitation et la violence qui bouillonnait sans cesse en lui après sa transformation, il avait chercher un moyen de se défouler. Un hybride garou rencontré lors de ses séances de soutien lui avait parlé du sport pour évacuer toutes ses mauvaises pulsions. Il avait tout essayé de la piscine à l'athlétisme en passant par différents arts martiaux et même s'il excellait dans chacun de ces sports c'était pour ces derniers qu'il s'était découvert une passion. La pratique régulière dans une association sportive près de chez lui, ouverte exclusivement tard le soir, convenait parfaitement à ces habitudes nocturnes et lui avait permis de s'adonner librement à cette nouvelle passion. Plus tard, recruté par le gouvernement, il s'était entraîné avec les autres gardes du corps. Il aimait la beauté des chorégraphies lors des combats, oubliant tout le reste lorsqu'il se donnait à corps perdu dans un enchaînement répété ou même improvisé. Son corps en symbiose avec son esprit, ne formant plus qu'un, associés pour la victoire et sa survie, s'abandonnait dans des gestes milles fois répétés et exécutés à la perfection. Ses meilleurs adversaires étaient les hybrides garous (beaucoup plus nombreux que les hybrides vampires assez rares), leur force, leur dextérité... malheureusement ils ne possédaient souvent aucune imagination. Mais les véritables garous comme les deux jeunes gens qu'il venait d'envoyer au tapis étaient nettement supérieurs, contrairement à ce qu'il affectionnait le vampire n'avait pas joué avec ses proies tel un chat qui s'amuse avec la souris avant de la tuer mais les avaient neutraliser le plus rapidement possible ne leur laissant aucune chance de prendre l'avantage. Après avoir savouré sa victoire et il devait se l'avouer les applaudissements, les cris de la foule en liesse l'avait comblé alors même que les bras de la sorcière l'avait pris au dépourvu. C'était étrange comme elle arrivait à traverser ses barrières fictives qu'il s'efforçait de dresser depuis toujours. Cette distance qu'il mettait avec les autres avec ces personnes qu'il ne comprenait pas, s'était imposée depuis l'enfance. Un petit garçon obèse et timide qui n'aimait ni le foot ni les voitures ne s'attirait pas la sympathie de ses camarades. Les brimades et les moqueries marquant à jamais cet enfant qu'il ne serait plus. Même si aujourd'hui, l'hybride qu'il était devenu, gardait une silhouette mince et athlétique, la peur des autres restait vivace dans son esprit. Lorsque ses parents le menaient faire des courses le samedi matin, il ne pouvait s'empêcher de hurler, de pleurer et de refuser de sortir de la voiture. La plupart du temps son père abandonnait et partait seul avec son chariot alors que sa mère restait avec lui dans la voiture. Elle lui chantait des chansons ou lui racontait des histoires empruntées à la mythologie antique. Il se souvenait de sa passion pour cette période historique et le mystère qui l'enveloppait. Sa préférée était Aphrodite déesse de l'amour, de la beauté et de la fertilité, même si ce concept lui demeura longtemps inconnu. Cette déesse aurait été la femme d'Héphaistos dieu du feu qui selon sa mère était laid comme un cancrelat et boiteux comme un vieillard, c'est cette union qui l'avait fait longtemps rêver, qu'une femme, aussi déesse soit elle, puisse aimer un homme que la nature n'avait pas gâté, comme lui. Sa déception en avait été d'autant plus grande quand un soir de mai sa mère lui avait conté l'histoire de la liaison d'Aphrodite avec Arès, dieu de la guerre. Il avait longtemps pleuré seul dans son lit dans le noir, puis il avait décidé, ses larmes asséchées mais sa peine pas encore tout à fait apaisée, que plus jamais une femme ne lui arracherait aucune larme. Il ne dormit pas cette nuit-là. Le jeune homme qu'il devint avait retenu la leçon issue du fond des âges et jamais il ne s'attacha réellement à quiconque. Sa condition d'hybride lui simplifia la tâche comme l'avait si bien dit Mlle Chattam, il était à la fois rejeté par les humains qui ne le considéraient plus comme un des leurs et par les êtres des races parallèles qui ne le considéreraient jamais comme un des leurs. Les hybrides même entre eux se disputant sans cesse la faveur des uns et des autres s'évitaient. Cette marginalisation de cette sous espèce, comme certains n'hésitaient pas à les appeler, engendrait autant de souffrance que l'apartheid. Le seul avantage que l'espèce humaine eut pu en retirer fut l'union de tous ceux qui jusque là s'affrontaient sans distinction de couleurs, ni de religions, ni de sexe. Encore un trait que montre l'Histoire, face à un ennemi commun, les populations qui avant s'affrontaient, oublient leurs différences pour s'unir face à cette nouvelle menace. Perdu dans ses réflexions le vampire sursauta quand la sorcière, son verre à la main et une petite moustache de mousse blanche au-dessus de la lèvre, lui demanda :

« Quel est votre prénom Mr Renault?

_ Pourquoi cette question, je ne pense pas que ce soit important, murmura-t-il.

_ C'est important pour moi.

_ Maxime. »

Mal à l'aise, il subit l'examen sévère des doux yeux verts de la sorcière. Des paillettes d'or flottaient dans l'immensité de ce regard sylvestre. L'âme vagabonde, un sourire à peine esquissé se dessina sur son visage dont la perfection aurait fait pâlir ces statues de marbres antiques qu'il avait vu avec sa mère dans les musées. La jeune femme se ressaisit, arrêtant sa béate contemplation pour s'adresser au vampire sur le ton de la confidence :

« Estelle nous cache quelque chose. Je pense qu'il y a un rapport avec ce que j'ai vu lors de l'attaque. »

La sorcière attendait une réponse mais il ne savait pas quoi dire. Répondre par l'affirmative ou la négative aurait été prématuré, surtout en se basant sur l'intuition de la jeune femme, aussi charmante ou sorcière soit-elle. Se rendant compte de l'absence de logique d'une partie de son raisonnement, il se flagella mentalement. Puis, reprenant le fil de sa pensée la plus rationnelle, il formula une réponse sous la forme d'une question :

« Qu'est-ce qui vous amène à cette conclusion? D'après ce que j'ai compris vous ne l'avez pas vue depuis longtemps, il est normal, je crois, que le temps qui a passé ait changé vos relations.

_ Non, enfin je n'en sais rien. Mais je pourrais être utile. Et puis je n'aime pas rester sans rien faire quand il se trame quelque chose de pas net, dit-elle en se levant de sa banquette.

_ Calmez-vous. Il n'y a rien que nous ne puissions faire ce soir de toute façon, déclara-t-il sur un ton apaisant.

_ Ce soir, non. Mais cette nuit après le dîner, quand tout l'orphelinat dormira, nous pourrons passer à l'action.

_ Ne vous emballez pas. Vous ne savez même pas ce qu'il faut chercher, ni où, prenant sa main libre et l'invitant à se rasseoir.

_ Dans son bureau, ayez confiance en moi, non seulement je connais cet endroit comme ma poche mais en plus il me reste encore quelques personnes de confiance qui pourront m'aider. Je peux compter sur vous?

_ Je crois que je n'ai pas vraiment le choix, répondit-il résigné.

_ Youpi! »

Il se maudit de s'être laissé si facilement embrigader alors que la directrice, une femme charmante, lui avait fait confiance. Étrangement, sa mission de protection lui tenait de plus en plus à coeur, il était impliqué un peu plus qu'il ne l'aurait dû, tout en le sachant il n'y pouvait absolument rien. La sorcière s'était levée, débarrassant les verres vides, puis se retirant dans la salle de bain mitoyenne pour se doucher et se préparer pour le dîner. Le vampire en profita pour téléphoner de son portable à Pillar sa femme de ménage, pour l'informer de son absence prolongée et pour lui donner quelques instructions supplémentaires. Il entendait la baignoire se remplir derrière la porte, de l'autre côté de la ligne, Pillar lui parla de sa petite fille qui avait la grippe et de son petit dernier qui allait se marier la semaine prochaine. Bien entendu, le vampire lui accorda un jour de congé pour qu'elle puisse y assister. C'est seulement après l'avoir mille fois remercié que la vieille femme raccrocha. La sorcière sortit du bain, s'enveloppant dans une serviette. Il entendait le bruit rêche de la serviette éponge sur sa peau, sa voix claire et douce chantonnait une petite comptine inconnue. Le parfum du savon dont elle s'était servie vint lui chatouiller les narines agréablement, comme une douce brise d'été rafraîchissant un air trop chaud et trop lourd. Il aurait voulu se servir un autre verre de sang mais il en savait les conséquences néfastes et se retint. Plus le vampire essayait de chasser cette folle envie, plus son esprit se noyait dans ce liquide rouge, obsession que seule la sortie de la sorcière de la salle de bain dans une superbe robe noire put effacer. Une brume de vapeur la suivait, toujours chargée de son parfum. Elle s'excusa :

« C'est un cadeau d'Estelle.

_ Elle a bon goût, ne put-il s'empêcher d'ajouter.

_ Merci, dit-elle en rougissant. Il y a un petit quelque chose pour vous aussi, je vous laisse la salle de bain. »

Sans rien ajouter, il s'enfuit dans la pièce d'eau, s'enfermant à double tour dans l'odeur de jasmin et d'encens dont il ne pouvait plus se passer. Après une rapide douche froide, il enfila le pantalon droit noir, la chemise blanche qu'il sortit du pantalon en laissant son col ouvert sur son torse. Il remit ses propres chaussures qu'il avait soigneusement choisies dans un magasin de luxe et qu'il cirait plus d'une fois par semaine. La vapeur avait pris le large, s'évadant par la fenêtre ouverte. Mais l'odorat affûté du vampire sentait encore l'odeur de la sorcière. En général, dès qu'il rentrait chez lui ses vêtements passaient directement au panier de linges sales puis il prenait une douche. Lorsqu'il sortit, il trouva la sorcière endormie sur le lit, ne sachant que faire, il s'assit sur un fauteuil lui tournant le dos face à la fenêtre. La nuit était tombée sur le parc entourant le château, plongeant dans l'obscurité ce magnifique paysage sylvestre. La lumière de la lune jouait dans les branches des marronniers et des chênes, dans la clarté d'un ciel d'hiver il aperçut une étoile. Bercé par la respiration de la jeune femme, il sursauta lorsqu'on frappa à leur porte. Avant que le poing n'ait eu le temps de frapper un second coup le vampire l'ouvrit. Sur le visage de Kim, l'amie de la sorcière une grimace de stupéfaction se dessina.

« Excusez-moi, on vous attend pour le dîner. Où est Sophitia? »

Le vampire acquiesça d'un léger mouvement de tête, puis lui désigna le lit. Le son de la voix de son amie réveilla la sorcière. Après s'être levée, elle s'approcha de la porte, le visage fripé de sommeil, les yeux collés et les cheveux désordonnés. Sa voix pâteuse demanda :

« On va manger? 

_ Oui, répondit une Kim amusée.

_ Pars devant on te rattrape, je connais le chemin. »

Le vampire la regarda s'éloigner alors que la sorcière remettait de l'ordre dans sa tenue. Puis ils se rendirent dans une petite salle à manger où ils dînèrent avec les autres professeurs. Le vampire, quant à lui, les observa stoïque. Les conversations tournaient autour de leurs élèves, des difficultés qu'ils rencontraient dans leur travail ou les idées de projets sur lesquels ils travaillaient. Machin fait des progrès mais il reste turbulent surtout depuis le divorce de ces parents, ses parents gâtent trop Truc il ne supporte pas leur absence, il est intenable, sans parler de Bidule qui est brillant mais qui est fainéant comme un paresseux. Les sorties sont vraiment intéressantes mais sans parler du retard que nous prenons dans le programme, elles demandent un investissement important. Seule la directrice et sa cliente se désintéressaient des passionnantes histoires d'école. La sorcière essayait discrètement de lui tirer les vers du nez, mais aussi insaisissable qu'une anguille enduite d'huile, la directrice ne laissa rien échapper aussi muette qu'un poisson-chat, se recroquevillant sur elle-même comme une huître. Voyant qu'elle n'arrivait pas à ses fins sa cliente demanda si elle pouvait emprunter un des laboratoires cette nuit pour faire la fameuse potion. La directrice acquiesça lui donnant le nom d'une salle. À la fin du repas chacun se leva, le vampire n'avait rien touché, ne supportant aucun autre aliment que le sang. Il sortit le dernier, précédé de la sorcière. Un homme assez grand attendait devant la porte du réfectoire.

« Sophitia, je voulais te parler, puis lorsqu'il vit le vampire il ajouta, seule.

_ Bien sûr. S'il vous plaît, demanda-t-elle au vampire. »

Ce dernier s'éloigna quelque peu. Son ouïe et son excellente vue lui permirent d'assister à l'entretien entre le professeur et sa cliente. Après avoir reparlé des souvenirs d'antan et après lui avoir posé des questions sur sa longue absence qu'elle éluda avec révérence, le jeune homme aux petites lunettes noires lui demanda de rester à l'école pour sa propre sécurité et pour lui. Elle étouffa du mieux qu'elle put un petite rire puis, s'étant calmée, elle lui expliqua qu'elle n'allait plus fuir ses responsabilités et se terrer comme une bête. La tête haute, elle le salua et rejoignit le vampire. Une fois assurée que son ami se fut éloigné, elle éclata d'un grand rire. Le vampire la dévisagea perplexe, ce rire lui parut incongru, il n'en comprenait ni l'origine, ni la teneur. Lorsqu'elle fut tout à fait calmée, elle le conduisit à travers les dédales de couloirs et d'escaliers jusqu'à une porte dissimulée derrière une toile. Cette illusion lui rappela un livre qu'il avait lu il y a fort longtemps même s'il ne souvenait plus du titre, il en était sûr on y faisait allusion à la sorcellerie. Son père qui avait alors découvert ce livre qu'il s'efforçait de lire en cachette l'avait jeté au feu. « Car seul le feu purifie les âmes. Toutes ces absurdités feront pourrir ton esprit et te conduiront aux portes de l'enfer de Satan. Ignominies! » Sa voix rauque et grave résonnait encore dans sa tête lorsqu'il passa le pas de la porte. Il dut avoir l'air contrarié car la sorcière s'enquit de sa santé. Le laboratoire ressemblait à peu de choses près à celui qui se trouvait dans la maison de la sorcière. Une des différences notables était l'absence totale de livres. Ayant choisi les ustensiles et les ingrédients, elle s'installa à une paillasse et recommença l'expérience. Le vampire ne voyait aucune différence entre cette préparation mystérieuse et les autres, pourtant la directrice semblait dire que cette potion lui permettait de tromper sa nature, de rire de sa peur de la lumière du jour. Une fois la préparation terminée, ils regagnèrent leur chambre pour se préparer à leur nouvelle mission : l'exploration des lieux pour découvrir ce que leur cachait la directrice. Même s'il doutait que ce qu'elle cache soit en rapport avec la vision de sa cliente. Cette dernière déballait sur le plateau bleu du bureau le contenu de son sac. Cette vision lui rappela un film de Walt Disney où la principale héroïne, une nourrice quelque peu déjantée sortait des objets plus invraisemblables les uns que les autres et de toutes les tailles de son sac de voyage. Tout comme cette gentille nounou, la sorcière étalait des bouteilles, des plantes, des petites boîtes de toutes les couleurs, des livres ressemblant aux grimoires qu'elle entassait dans son laboratoire, des tubes de crème de beauté, un tube de rouge à lèvre, une clef USB... Tout était ordonné par type et taille. Une fois cette tâche terminée, tout le contenu aligné sur ce bureau, elle en remit certains dans son sac. Inutile fut le mot qui lui percuta l'esprit aussi fort qu'une balle de revolver lui transperçant le crâne de part en part. Le vampire se détourna pour regarder la nuit qui régnait dehors. Chaque feuille dansait au rythme de la musique innocente du vent qui soufflait doucement derrière les vitres de la grande fenêtre. Sur la pelouse, un chat passa à pas de velours sur le parterre de fleur, une chouette hulula dans la nuit, une adolescente courait pour retrouver son ami. Tous les bruits de la nuit envahissaient sa tête. Il se boucha les oreilles avec ses mains blanches pour ne plus rien entendre. Il sut que la sorcière avait fini avant même qu'elle ne s'approche de lui et ne lui pose la main sur l'épaule. Lentement, il se retourna vers elle, retirant ses mains de ses oreilles. Elle était encore trop près. Il s'écarta d'un geste brusque.

« On y va? Demanda-t-elle comme si elle n'avait rien remarqué.

_ C'est parti! Répondit-il se dirigeant vers la porte.

_ Vous ne prenez rien?

_ J'ai déjà tout ce qu'il me faut. Je vous suis. »

Une fois la porte franchie, il se retrouvèrent dans les dédales de couloirs. Ce labyrinthe cachait-il un secret aussi monstrueux et dangereux que le minotaure de la légende? Le vampire suivait la sorcière, enfilant les couloirs, montant et descendant les escaliers. Leurs pas sur le sol ne faisaient presque aucun bruit, malgré les chaussures à talon de la jeune femme. Ils s'arrêtèrent devant une porte très banale. Après une rapide formule et un déclic, le battant s'ouvrit. Le vampire ne s'était jamais rendu compte à quel point une sorcière utilisait la magie. Formules, potions semblaient être aussi naturels que respirer, boire ou encore manger. C'était dans sa nature. Il l'avait lu dans ces livres qu'il lisait avant, dans ceux qui n'étaient que légendes, mythes et élucubrations d'auteurs ayant une grande imagination. La magie remplaçait tout ce que l'homme avait inventé comme technologies et mécaniques. Une invention? ou un savoir révélé à certains seulement? Les hommes n'étaient pas prêts à apprendre que ce à quoi ils ne croyaient pas n'était que pure réalité. Si la maladie n'avait pas disséminé autant d'hommes, de femmes et d'enfants humains, peut-être que personne n'en n'aurait jamais rien su, les races parallèles seraient restées dans l'ombre. Le virus épargnait les races parallèles, ils auraient fini par être découverts, ils ont décidé quand et comment s'attribuer le beau rôle. Il existait une grande instance internationale des races parallèles qui avait décidé de révéler la vérité, ils étaient peu nombreux et avaient réussi le coup de force d'élire une assemblée composée de cinq membres de chaque race, sans parler du tribunal, d'une force de police et d'un service d'espionnage. De quoi voter des lois, les faire appliquer et connaître les avancées des humains. La rupture avait eu lieu au Moyen-Âge, pendant cette période noire de l'histoire, après des années de coexistence les races parallèles ne supportant plus les multiples divisions des hommes et surtout l'acharnement avec lequel ces mêmes hommes les haïssaient et méprisaient ceux qui étaient différents. Les hommes étaient, des six races humanoïdes, les plus faibles physiquement, mais comme l'avait montré l'histoire, ils étaient arrivés à combler cette différence de force par leur ingéniosité. Alors que les races parallèles restaient sur leurs acquis, les hommes avaient sans cesse cherché à évoluer. Et même lorsque les races parallèles n'étaient plus que des contes ou des mythes, les humains avaient gardé cette rage de surpasser ceux qui les avaient humiliés par le passé. Le jour où les humains avaient découvert à nouveau ce que leurs ancêtres avaient jadis perdu, avait eu pour nom « La Grande Découverte ». Un nom soigneusement choisi par le gouvernement et repris de concert par toutes les instances journalistiques. Quelques années plus tard il fut inscrit dans les livres d'école entrant ainsi dans l'histoire. Dans l'intimité les humains l'appelaient « Le Grand Cauchemar ». Leurs vies tranquilles bouleversées par leurs plus grandes peurs, les hommes étaient entrés en enfers et des démons les en avaient partiellement sortis. Ils s'étaient aperçu à leur grand désespoir que l'invisible, un virus, était plus monstrueux que les monstres qui hantaient les légendes. La sorcière lui fit signe d'entrer coupant court à ses réflexions. Le vampire la suivit dans un magnifique bureau. Les murs étaient tapissés d'étagères remplies de livres et de dossiers de toutes les couleurs. Ils passèrent derrière un splendide bureau en bois, ouvrant un à un les tiroirs. Le vampire s'assit sur la chaise confortable, fit glisser le plateau coulissant sur lequel était posé le clavier de l'ordinateur. Alors que sa cliente fouillait les papiers qui s'étalaient sur le plateau aux côtés de l'écran plat, elle se retourna vers lui un peu inquiète :

« Vous savez vous servir de ce machin?

_ Oui, répondit-il d'un ton sans réplique. »

Ses doigts pianotèrent très rapidement sur le clavier, composant une symphonie de cliquetis. En même temps, sur l'écran apparaissaient et disparaissaient de multiples fenêtres. Concentré sur cet écran, il entendait la sorcière feuilleter les livres et les dossiers. L'odeur des vieux livres et de la poussière se mêlait à celles de l'encens des deux sorcières. Un sourire se dessina sur son visage de marbre, il avait trouvé ce qu'il cherchait. Comme il l'avait deviné la directrice avait commencé un grand travail d'archivage numérique de manuscrits sur une base de donnée cryptée. Après avoir craqué le mot de passe, il passa en revue les titres. Comme ils étaient trop nombreux, il chercha à l'aide de mots clefs. Un livre datant du Moyen Âge, avant la rupture, attira son attention. Il contenait diverses prophéties dont l'une qui rappelait étrangement le rêve qu'avait fait la sorcière lors de son agression. Jusqu'ici il restait persuadé que l'afflux trop important de magie pouvait avoir causé des hallucinations. Mais le texte de la page 123 du manuscrit était trop détaillé, trop clair, trop précis. Il interpella sa cliente :

« Sophitia, (c'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom) je crois que ce texte va vous intéresser. »

Reposant le livre qu'elle tenait entre ses mains sur l'étagère, elle s'approcha du siège et regarda par dessus son épaule le texte apparaissant sur l'écran plat. Le vampire lut sur son visage la surprise, suivie par la peur. Son odeur changea, apparut une nuance de cannelle dans la fragrance habituelle d'encens. Ses mains tremblaient, ses bras tombant de chaque côté de son corps. Elle passa sa langue sur ses lèvres puis les frotta l'une contre l'autre dans un tic nerveux. Ses yeux virèrent à l'or, elle les ferma, le vert reprit sa place, ne laissant que des paillettes dorées. Comme pour s'assurer que son esprit ne lui jouait aucun tour, elle lut le texte à haute voix :

« Après la césure, voici le temps de la réunification, ils se croyaient seuls, ils sont six, pour se protéger ils sont prêts à tuer.

Après les morts par millier, voici le temps de la résurrection, la pureté de la race humaine ils désirent sauver, anéantir la différence, le seul remède à la mort invisible.

Après que la mort ait frappé ses proches,pendant des années à la magie elle renonce, une longue hibernation forcée.

Après avoir été l'instrument de la magie et de la mort, à celle qui maîtrise les trois arts, le futur est révélé.

Après la mort des enfants, voici l'heure de la vengeance, ils se croyaient uniques, les sangs mêlés sont l'avenir, plus purs que les plus purs, engeance de la différence, baigné dans la souffrance, le mélange est la réponse à toutes les questions. »

Toute couleur déserta son visage. Ses tremblements reprirent, des larmes fleurirent sur ses joues pâles, ses doigts les cueillirent sans un mot. Le vampire se leva pour laisser s'asseoir la jeune femme. Il ne croyait pas aux prophéties ni aux visions d'extralucides, mais les coïncidences étaient trop grosses, énormes même. Dans sa précédente vie, il avait su accepter l'existence des garous, des vampires, des sorcières, des ombres et des nécromanciens, puis la possibilité qu'il y avait des pouvoirs aussi invisibles et puissants que l'électricité et la possibilité que les légendes appartiennent à la réalité. Les garous se transformaient en un animal, les nécromanciens pouvaient communiquer avec les esprits défunts ou ramener un corps à la vie, les ombres possédaient une faculté dite paranormale, les sorcières influençaient les choses et les vampires... possédaient l'éternité et une force surhumaine. Pouvait-il alors croire que certaines personnes pouvaient entrevoir l'avenir ou une possibilité d'avenir? Ils quittèrent la pièce sans un mot, toujours en silence ils regagnèrent leur chambre. La sorcière se coucha dans le grand lit sans même se changer, elle se faufila dans les draps et enfouit sa tête sous l'oreiller. Le vampire regarda la forme que dessinait son corps sous les draps, puis il s'allongea sur le lit de camp et comme par magie, et c'en était sûrement, les lumières qui éclairaient la chambre s'éteignirent. Le sommeil fut long à venir. La sorcière, il en était certain, cette nuit ne dormirait pas.

 

Le lendemain, lorsqu'elle se leva, la sorcière sortit de ses draps. Le soleil se levait à peine, laissant dans le ciel une empreinte de nuit. Le vampire se tenait devant la fenêtre, absorbé dans la contemplation de cette aurore aux doigts de roses. La première depuis trop longtemps. Dans sa main droite, un verre rempli de sang, elle frissonna. Cette vision idyllique était presque terrifiante. Son immobilité ne pouvait pas être naturelle, ni son port de tête et encore moins sa posture. Son regard se détourna de cette étrange silhouette trop bien, trop parfaite pour exister. Son aura était rouge comme le sang, fine, délicate, sans une imperfection. Même son aura n'était pas normale, normalement l'aura était un peu comme une flaque d'eau et la plupart du temps elle recouvrait tout le corps de la personne à laquelle elle appartenait, il y flottait des petites bulles d'air, des imperfections de toutes les tailles mouvantes et insaisissables. Sans parler des couleurs qui étaient changeantes, des dégradés le plus souvent, alors que son aura était rouge d'une pureté incroyable, pas une seule bulle. Là encore c'était une aberration. Dans la théorie, les chercheurs sorciers qui travaillaient sur le problème avaient envisagé cette hypothèse, mais dans la réalité, après avoir longtemps cherché une preuve de cette théorie, ils n'avaient rien trouvé. Elle décida de garder cela pour elle, de n'en parler à personne. Perdre une des dernières personnes à qui elle accordait sa confiance, elle n'y était pas prête. À pas de loup, elle s'enferma dans la salle de bain. Après avoir pris une douche chaude, elle s'habilla pour aller prendre un petit déjeuner. Il l'attendait, frais comme un gardon derrière la porte, vêtu d'un jean foncé, d'un pull noir avec un col en v et un polo clair. Ils se rendirent dans le petit réfectoire réservé aux professeurs. Estelle, Ophélia une de ses anciennes rivales et Terry qui évita habilement son regard étaient assis en silence devant un café ou un thé et des gâteaux. Sophitia s'assit, s'excluant de ses anciens camarades ou professeurs. Sans un mot, le vampire prit place à ses côtés. Comment faisait-il pour regarder les autres manger? Elle se demanda si son amour pour le sang éclipsait son envie pour les autres aliments, ce liquide rouge qui remplaçait les lasagnes ou même une raclette comme sa maman en faisait quand elle était petite. La jeune femme se servit une tasse de chocolat chaud. Un morceau de quatre-quart apparut dans sa main qui s'en était saisi prestement. Le morceau de gâteau plongea dans le liquide un peu mousseux, le chocolat éclaboussant ses doigts, passant de la couleur doré à un marron ambré. Jaillissant de la tasse, la part de gâteau bondit dans la bouche grande ouverte de la jeune femme. Ses dents mâchaient avec application alors que dans son cerveau les neurones au bord de l'extase jouissaient de cette saveur, un brin de bonheur dans une bouchée. Toute entière perdue dans sa dégustation, elle en oublia même les événements de cette nuit qui avaient réveillé en elle de douloureux souvenirs. L'horreur du soir où elle avait appris la mort de sa soeur et de toute sa petite famille. Le moment où des policiers avaient fait irruption dans sa vie, la conduisant dans cette endroit froid et aseptisé où elle avait dû les identifier, les regarder, les pleurer. L'instant où sa vie avait basculé. Sa respiration piqua un sprint, son coeur décida de le rattraper, mais en perte de vitesse, il loupa un battement et tout s'effondra. Le troisième morceau de gâteau que sa main venait de saisir coula au fond de la tasse et se désagrégea en un millier de petits poissons qui nagèrent dans le fond se débattant pour survivre. Ses yeux se fermèrent, elle compta jusqu'à vingt le plus lentement possible. Le calme l'envahit par phases, comme on remplit un verre d'eau. Apaisée, à l'aide de sa petite cuillère, elle tenta de récupérer les petits poissons sucrés. Le vampire la fixa, son visage inexpressif, les yeux bouillonnant de curiosité, le corps figé dans une attitude statufiée. Elle vida d'un trait son lait chocolaté puis se leva sans un mot, sans saluer, sans lever la tête et sortit du réfectoire. Le vampire la suivait, toujours. Des frissons parcouraient son corps. Une impression dérangeante formait une boule dans sa gorge compacte et désagréable. Des nausées prirent possession de son ventre lancinantes et dérangeantes. Les vertiges revinrent comme avant, avant qu'elle ne construise dans sa tête un abri fortifié où y enfermer ses souvenirs jusqu'à ce qu'elle puisse les supporter. Il la soutint, la portant jusqu'à sa chambre. Elle perdait pied, elle n'était pas prête, elle ne supportait pas de ne pas tout maîtriser, de ne pas se maîtriser. Il l'assit dans un fauteuil, il paraissait inquiet. Retrouvant ses esprits, Sophitia sortit des brumes de l'inconscience dans lesquelles elle s'était enfuie. Ses yeux vagues reprirent vie. Un merci franchit difficilement ses lèvres. Ayant totalement recouvré ses esprits, la sorcière se redressa sur son fauteuil. Ses yeux papillonnèrent tels des ailes d'un papillon noir et vert.

« Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris, souffla-t-elle dans un soupir.

_ Il n'y a pas de mal. Si vous souhaitez parler, je suis là, répondit-il en posant sa main sur son épaule.

_ La nuit dernière, ainsi que l'attentat ont ramené des souvenirs très douloureux. La mort de ma grande soeur. Je me souviens de tout, comme si une seule seconde seulement s'était déroulée depuis que ce gentil agent du gouvernement est venu frapper à ma porte la mine défaite. (Ses mains tremblaient doucement mais son regard était droit.) Reparlons, s'il vous plaît de cette prophétie que vous avez trouvée.

_ Mais... D'accord. Je m'en souviens, mais j'ai pris soin de le noter sur un petit bout de papier.

_ Génial, donnez-le moi, s'empressa-t-elle d'ajouter. »

Le vampire sortit de sa poche de jean un petit morceau de papier plié en tout petit. La sorcière fit la grimace, cet homme n'était vraiment pas soigneux. Elle qui vénérait l'ordre, détestait le chaos, dans son grimoire des centaines de formules et potions pour lutter contre le désordre et tous ses disciples : la poussière, la saleté, les mauvaises odeurs... Elle prit une plume et une feuille dans son sac et recopia soigneusement les pattes de mouche du vampire. Son écriture ronde et fluide recouvre le papier pâle, gravant dans sa mémoire au fer rouge les caractères alphabétiques et leurs sens. Les mots, les phrases, les strophes semblaient former un puzzle dont les pièces s'agençaient pour former un paysage qui ressemblait étrangement au sien. Un peu comme lorsqu'un peintre fait un portrait, il commence par les traits, les contours qui pourraient appartenir à tout le monde puis le dessin se précise on commence à reconnaître ses traits mais c'est encore flou, enfin, quand la peinture est finie, il n'y a aucun doute : le visage a un nom, celui du modèle. Ayant fini sa tâche, la jeune femme posa la feuille sur la table basse, puis après une rapide formule, un stylo rouge apparut dans sa main droite.

« Essayons d'interpréter ce joli poème. Bon, « la césure » c'est la rupture qui a eu lieu au Moyen Âge, « le temps de la réunification » c'est aujourd'hui, puis ce sont les humains qui « se croyaient seuls ». Facile, dit-elle en barrant avec le stylo les mots.

_ Oui, et « les six » sont les six races garous, sorciers, nécromanciens, ombres, vampires et humains. La suite est tout aussi limpide : « pour se protéger ils sont prêts à tuer » ce sont les « G.P.S.E.H. » (Groupe Pour la Sauvegarde de l'Espèce Humaine) et leurs actes terroristes.

_ Ҫa marche pour la première strophe. Passons à la deuxième, « la mort par millier » on peut penser que ce sont les attentats, continuant à barrer les phrases en rouge vif. « La pureté de la race humaine » ce sont les arguments qu'avancent les membres de ces factions terroristes et ce qu'ils « désirent sauver ». Sans parler de l'anéantissement « de la différence », ce qui séparent les humains des autres races. Et...

_ Vous oubliez « le temps de la résurrection », la coupa le vampire doucement. J'avoue que le sens est sibyllin à la différence du reste.

_ Je le laisse de côté pour l'instant. Revenons à la suite : « la différence le seul remède à la mort invisible. » Le sang des races parallèles qui sauvent des milliers de vies chaque mois. D'ailleurs je suis persuadée que cela est dû en grande partie aux mélanges entre races, contrairement à la race humaine qui a voulu rester pure. Et le virus qui a fait des ravages, même si maintenant le traitement est le remède à toutes les maladies ou presque cancer, sida...

_ Comment ça? Pourtant je croyais que vous étiez « pure » comme vous dites.

_ Non pas du tout, l'hybridation n'est pas employée dans son sens premier de mélange de race ou d'espèce, mais plutôt dans le sens d'hybridation d'A.D.N. Je vais t'expliquer, si un garou se marie avec une nécromancienne ils peuvent avoir un enfant soit garou soit nécromancien, avec autant de chance qu'ils peuvent avoir une fille ou un garçon. C'est pas toujours facile de savoir. Par exemple, mon arrière-grand-mère me racontait que ses parents avait longtemps crû qu'elle était une ombre, mais à treize ans, lorsque sa souris commença à se décomposer, les vers la dévorant peu à peu, ses parents et elle-même se rendirent à l'évidence, elle était nécromant, dit-elle dans un éclat de rire.

_ Ce n'est pas vraiment drôle, c'est assez dégouttant, en fait, répondit-il dans une grimace. Mais je comprends, merci.

_ Aujourd'hui, les médecins, à la naissance de l'enfant et parfois même avant, font une prise de sang au bébé pour savoir à quelle race il appartient. C'est plus simple. Revenons à notre prophétie : « la mort [a] frappé ses proches » là ça devient personnel, ma soeur, mon beau frère et mon neveu.

_ Oui, je reste sceptique, ceci peut s'appliquer à beaucoup de gens. Vous n'êtes pas la seule dans ce cas, les morts ont été nombreux et si les médias n'ont pas exagéré, toutes les familles des races parallèles ont perdu un être cher.

_ Tu as raison, je m'emballe mais même si je ne suis pas la seule à avoir « à la magie renoncer, une longue hibernation forcée » la suite est claire et sans équivoque : hier j'ai « été l'instrument de la magie et de la mort ». Possédée, j'ai été possédée et j'ai tué. (sa voix s'éteignit comme une bougie soufflée. Reprenant contenance elle ajouta.) Sans parler de la suite, anciennement les sorcières étaient nommées celles qui maîtrisent les trois arts.

_ Trois arts? demanda-t-il innocemment.

_ L'art des formules, l'art des potions et l'art magiel ou silencieux, pour une sorcière c'est plus ou moins inné. Continuons, « le futur est révélé » pourrait être ma vision qui est détaillée dans le paragraphe suivant : « la mort des enfants » je me souviens des cris, du sang, de la douleur comme si j'y avais assisté. Je préfère ne pas y penser.

_ La suite rejoint ce que vous m'avez expliqué « les sangs mêlés sont l'avenir », « plus pur que les plus purs », « engeance de la différence » ou encore « le mélange est la réponse à toutes les questions ». Un peu comme si la maladie avait été la réponse de la nature pour punir les hommes et que les hybrides sont la seule solution pour les sauver, remettre les compteurs à zéros en quelque sorte.

_ Vous allez vite en besogne, même si je suis d'accord avec cette interprétation, je pense qu'il faut aller plus loin. « Les sangs mêlés sont l'avenir » parle-t-on des hybrides ou des races parallèles qui se mélangent depuis des centaines d'années ? La pureté est une obsession chez ceux qui défende la race humaine. Ils ont mis un point d'honneur pendant des siècles à se rejeter les uns les autres, s'entre-déchirer sous prétexte qu'ils n'avaient pas la même couleur de peau ou qu'ils ne croyaient pas aux mêmes dieux. Je pense qu'ils n'étaient pas prêts à accepter notre existence. Les seuls humains reconnaissants sont ceux que l'hybridation a sauvé et leurs proches parents, enfin la plupart. « Engeance de la différence » ce ne sont sûrement pas les hybrides, plutôt nous. Je ne sais pas vraiment comment interpréter « plus purs que les purs ».

_ Ce n'est pas comme ça que vous vous appelez entre vous, essaya le vampire.

_ Non pure souche, répliqua la sorcière d'un ton sans réplique.

_ C'est bien ce que je dis, pour vous aussi la pureté possède une importance. Les hybrides sont impurs, pour vous aussi les humains sont différents, trop guerriers enfin je ne sais pas. Il existe un gouffre tellement grand que personne ne peut le franchir. Les humains d'un côté et les races parallèles de l'autre le creusent sans relâche pour s'éloigner, pour mettre le plus de distance entre eux. La nature, ou peu importe ce que c'est, le hasard, le destin, un dieu a décidé de construire un pont pour permettre une réunion, un mélange. Ce pont est l'hybridation. Les hybrides, nous sommes peut-être « la réponse », la pureté. Ou alors, nous sommes une aberration pour permettre à une situation toute aussi aberrante : la marginalisation d'une race, de revenir à la normal, rétablir l'équilibre naturel.

_ Intéressant. Je... »

Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase, la porte s'ouvrit sur une Estelle en furie.

« Comment osez-vous? »

 

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