Chapitre 3 : Quand le passé ressurgit...

 

Chapitre 3

 

La route avait été relativement courte. Son corps contre le sien tout au long du trajet, son souffle contre son oreille qui lui indiquait où aller. De vieux sentiments remontaient à la surface, de ceux qui remontent de très loin, de si loin qu'on pourrait croire les avoir rêver. Ils avaient quitté les routes principales pour des sentiers, les arbres avaient remplacé les immeubles. Le ronronnement des moteurs, le glissement des roues sur l'asphalte, le bourdonnement des conversations humaines étaient remplacés par le chant des oiseaux qui célébraient le crépuscule, les pas du renard qui chasse avant la nuit, le bruissement du vent dans les branches qui jouent avec les feuilles. Ils arrivèrent devant un château. Cela ne rendait pas justice à la splendide propriété qui s'offrait à leur vue. De vieilles pierres qui, grâce à l'habileté des hommes et leur savoir faire étaient devenue la plus magnifique des demeures. La vieillesse de la bâtisse n'en ternissait pas le charme, comme si le temps qui passait n'avait pas d'emprise sur elle. Il posa son pied à terre et enleva son casque pour mieux l'observer. La sorcière se précipita vers la porte et sans attendre son garde du corps s'empara du heurtoir frappant trois coups brefs. La porte s'ouvrit sur un petit monsieur sec portant l'uniforme de majordome. Une ombre teinta le ciel d'obscurité, ce n'était pas un nuage gris, un de ces gros nuages de pluie qui occupe l'atmosphère plafonnant au dessus de nos têtes, mais simplement la nuit qui tombait comme chaque jour. Les anciens Égyptiens pensaient qu'un dieu, il ne se rappelait plus lequel, devait combattre les forces des ténèbres pour que renaisse le jour, dans certaines civilisations d'Amérique latine on pensait que tuer de valeureux guerriers et offrir leur coeur aux dieux permettaient au soleil de se lever. Si les vampires avaient un dieu, il pensait plutôt qu'ils feraient tout pour que le soleil se couche. Le majordome les fit entrer dans le hall, deux escaliers en marbre qui se rejoignaient sur un palier menant à un couloir dont on ne devinait pas la fin. Un lustre de bougies éclairaient la pièce d'une lumière chaude et rassurante au dessus des invités. Des colonnes en marbre montaient vers le plafond sur chacune était gravée une scène de la mythologie antique. Le plafond était haut et somptueusement ouvragé, une peinture centrale montrait des enfants jouant avec une balle rouge, des anges tout aussi jeunes et dodus qui les regardaient assis sur des nuages, plus loin avait lieu une chasse à cour dont le personnage central était une femme qui chevauchait une jument brune un fusil à la main, derrière la forêt il y avait une étendue d'eau dans laquelle nageaient des sirènes et des dauphins, un radeau y naviguait avec à son bord de fiers matelots aux vêtements déchirés et la même femme se dressant contre une vague, une plage terminait cette fresque où toutes sortes de créatures mythiques s'y affrontaient dans une bataille sanglante et sans pitié, une figure allégorique de la mort semblait observer avec attention cette tuerie tournant le dos au renard qui fuyait les chiens de la jeune femme à cheval. Il ne savait plus ou poser les yeux. Lorsque la maîtresse de maison fit son entrée, elle capta tous les regards. C'était une femme d'une cinquantaine d'années dont la beauté coupait le souffle, ses cheveux blonds cendrés étaient rassemblés dans une coiffure compliquée encadrant un visage charmeur aux yeux doux et tendres. Ces vêtements d'une couleur verte sortant tout droit d'un passé lointain et aujourd'hui oublié, moulaient agréablement sa silhouette. La sorcière se précipita dans ses bras, les mains gantés de la femme la serrèrent étroitement.

« Sophitia mon enfant, cela fait si longtemps.

_ Je sais, dit-elle l'air contrite.

_ Tu aurais fait une excellente professeur, nos élèves ont besoin de personnes comme toi. Puis se tournant vers le jeune vampire lui demanda, et qui est ton invité?

_ Pardon, je te présente Mr Renault mon garde du corps, c'est un hybride vampire.

_ Enchanté, je m'appelle Estelle Chattam, je suis la directrice de cette orphelinat. »

Une odeur d'encens légèrement différente de celle de sa cliente mais plus forte encore lui chatouilla les narines lorsqu'il la salua. Les deux femmes se regardèrent échangeant en silence il ne savait quelle confidence lorsque la sorcière hocha la tête la directrice murmura quelques mots dans une langue obscure avant d'ajouter :

« Sophitia vous estime beaucoup apparemment assez pour vous avoir conduit jusqu'ici et pour vous confier un de ses plus importants secrets. »

Le vampire pouvait à présent entendre la voix de jeunes enfants qui jouaient ou étudiaient comme si leur hôte venait de lever un voile qui enveloppait tous les bruits qui chahutaient dans le château, comme si elle venait de dévoiler l'âme de la bâtisse. Dans un doux froufrou de tissus, elle les conduisit à travers les couloirs jusqu'à un petit salon. Les cris des enfants semblèrent s'être éloignés, ils devaient être dans une autre aile du château. Décrire le petit salon était difficile. Une table basse rectangulaire en bois clair, trois encoches avaient été faites au bas de chacun de ses pieds carrés et en haut incrustés dans le bois de trois petits carrés en bois plus foncé, le plateau était composé de deux parties qui s'emboîtaient l'une dans l'autre, on pouvait voir sur la plus petite un damier. Autour étaient savamment disposés des fauteuils marrons en cuirs et une banquette de la même couleur. De nombreuses tapisseries recouvraient les murs dont il ne pouvait deviner la couleur, la plupart d'entre elles représentaient des scènes de batailles dont les personnages principaux n'avaient rien d'humain. Il pouvait apercevoir le jardin à travers l'unique fenêtre bordée par deux rideaux noirs épais avec des motifs rouges. Après que les deux jeunes femmes se soient assises, le vampire restant debout comme à son habitude, la jeune sorcière commença son récit :

« Ça a commencé il y a trois ans lorsque les attaques terroristes ont tué ma soeur, Thomas son mari et leur jeune fils. Plusieurs de mes amis Laura, Alisson, Maxime et Pierre que j'avais rencontré ici, ont aussi trouvé la mort dans ces monstrueux attentats. Je ne comprenais plus rien, alors que nous les aidions, ils nous tuaient, ils étaient innocents... Nous avions quitté notre anonymat et nos vies tranquilles parce que nous pensions que la vie a un prix et qu'il était plus élevé que notre tranquillité. Mais lorsque j'ai perdu mes proches j'ai voulu m'isoler, je me suis coupée de tout ceux avec qui j'avais des contacts dont mes parents et vous même. J'ai continué à alimenter de mon sang les cliniques plus par devoir que par envie, car je continue à croire que ceux que nous sauvons ne sont pas ceux qui nous tuent. Mes nuits étaient peuplées de cauchemars et ne trouvais aucun sens à mes journées, puis je me suis plongée à coeur perdu dans mes projets inachevés : potions, formules. J'ai volontairement abandonné la véritable magie car sachant l'importance ma haine pour les terroristes et par là même pour les humains je ne pouvais laisser mon corps aux mains de la magie. Malheureusement, je me rends compte aujourd'hui que la fuite n'était pas la solution et qu'elle ne me sauvera pas, ni ceux que j'ai laissé derrière moi. Ils m'ont attaqué, la première fois, alors que j'allais à la clinique, j'avais mes habitudes, trop peut-être. La seconde fois ils ont trouvé mon refuge, ma cachette, le seul endroit où je pensais être en sécurité. Ils m'ont attaqué au moment où je me rendais chez toi pour comprendre mais surtout pour fuir encore une fois. L'attaque a été d'une violence inouïe, mais lorsque j'ai vu son corps touché le sol (une larme coula sur sa joue se fanant sur son visage fleuri), je n'ai pas pu retenir la magie à qui j'avais fermé la porte depuis trop longtemps et elle a pénétré mon corps, un viol atroce, puis les a tué, exécutant ma volonté. Elle s'est retirée me laissant haletante mais avant de partir la magie m'a montré ton orphelinat qui explosait et surtout les morts, les enfants, c'était affreux. Je suis venue t'avertir. On peut changer le futur, rien n'est écrit... »

La sorcière s'effondra, se recroquevillant sur son fauteuil. Son coeur s'était emballé au fur et à mesure que sa voix s'enrayait alors que vaillamment elle continuait de se livrer, d'ouvrir son âme. Son corps était pris de tremblements convulsifs. Mme Chattam, la directrice se leva et s'approcha de la jeune femme chantant dans une mystérieuse langue. Le son de sa voix apaisa la sorcière mais aussi le vampire qui se sentait léger comme une bourse vide dont on aurait retiré tous les tracas. Le temps passa sans qu'il s'en rende compte. Une jeune femme s'approcha de la porte et frappa doucement. La directrice repassa derrière la table basse laissant la sorcière vaporeuse. Le vampire se redressa pour observé la nouvelle arrivante. Elle était un peu plus jeune que son pas volontaire ne le laissait penser, sa silhouette quelque peu enveloppée était vêtue d'un uniforme bleu marine et blanc, des chaussures simples noires en cuir, un pantalon bleu marine coupé droit, une chemise blanche avec le blason de l'orphelinat devina-t-il et une veste cintrée de la même couleur que le pantalon. Ses cheveux étaient attachés en une simple queue de cheval qui dégageait un visage aux joues un peu trop ronde. Mais ce que le vampire remarqua en premier ce ne fut pas ces jolis cheveux roux, ni ses yeux marrons immense mais ses trois dents de devant qui semblaient vouloir à tout prix sortir de leur trou. Un sentiment de bonté et de gentillesse se dégageait de sa personne.

« Excusez-moi Madame de vous déranger. Euh... Mr Grangé vous demande, vous seriez en retard à son cours. Euh... non, vous deviez y intervenir. »

Ses joues rondes se colorèrent d'une jolie couleur rosée. Sautillant d'un pied sur l'autre, elle attendait une réponse affirmative. Ses battements de coeurs s'affolaient. La directrice se leva se retournant vers la sorcière et son garde du corps :

« Je dois y aller, je vous demanderais de rester pour dîner. Sophitia, peux-tu montrer à notre invité l'orphelinat.

_ Bien sûr... déclara cette dernière hésitante mais apparemment plus calme et sereine.

_ Ne t'inquiète pas, peu de choses ont changé depuis que tu es partie. »

La directrice se leva invitant ses hôtes à la précéder. Ils sortirent de la table basse. La sorcière et le vampire regardèrent la jeune femme suivie de la directrice qui s'éloignaient dans le couloir éclairé par de multiple lumières semblant flotter au dessus de leur tête. Ils restèrent interdits la sorcière perdue dans ses souvenirs et le vampire submergé par tous les sons qu'il entendait.

« Bon, allons y. Comme à votre habitude vous n'avez qu'à me suivre. »

Un sourire apparut éclairant ses traits d'un rayon de soleil révélant sa beauté. Elle lui montra les cuisines et la cantine, plusieurs cours intérieures et extérieures, les dortoirs, les salles de jeux et de détente, les bibliothèques, les sanitaires, la grande salle à manger, la salle de réception, divers couloirs et des pièces dont il n'avait pas vraiment compris l'utilité. Les yeux fermés, elle aurait pu retrouver son chemin entre ses murs. L'odeur était toujours la même, ses pas sur le marbre faisaient le même son. Parfois, elle se rappelait ses années dans cet orphelinat ou plutôt son « école » comme ses camarades et elle l'appelait. Mais ses souvenirs heureux lui arrachaient aussi d'autres plus douloureux reliés à la mort de ses amis. Ce château était comme sa toute première maison, avant même celle de ses parents chez qui elle rentrait pendant les vacances scolaires alors qu'elle venait étudier ici. Elle n'en avait jamais parler à personne, mais aujourd'hui elle avait partagé son secret avec ce vampire, cet hybride à qui jamais elle n'aurait pensé faire confiance. Mais les circonstances et son intuition l'avaient obligée à confier sa vie à un étranger, à un vampire la seule race dont la duperie, la fourberie et l'égoïsme étaient légendaires. Finalement il était possible qu'il n'ait pas entièrement perdu son humanité, éventuellement la parcelle qui lui restait contrebalançait les côtés les plus sombres de sa race. En fait, elle l'espérait fortement. Dans un de ses dessins-animés une tortue chinoise disait qu'il arrive que les voies que l'on emprunte pour échapper à son destin nous y conduisent inexorablement. L'espoir que cette vieille et sage tortue se trompe était vivace dans son esprit. Ils s'étaient arrêtés dans la salle aux pas perdus nommée ainsi car sur toutes les peintures accrochées aux murs les peintres avaient eu l'idée saugrenue de peindre des traces de pas dans la neige, dans le sable mais aussi des pieds laissant leurs empreintes sur un sol humide, des chaussures de différentes couleurs et tailles entassées formant une pyramide quelque peu bancale. La pièce excepté les tableaux et la cheminé n'avait rien d'exceptionnel. Elle prit une chaise et doucement s'assit fermant à clef la porte de sa mémoire pour empêcher les souvenirs de venir la hanter. Le vampire sagement prit place en face d'elle. Son visage calme, son masque impassible, la rassurait, il était comme une bouée de sauvetage sûre qui l'empêchait de se noyer, de perdre pieds, de sombrer dans la folie. Le vampire interrompit le cours de ses réflexions en lui demandant :

« Ce n'est pas réellement un orphelinat n'est-ce pas? Il avait un petit air perdu.

_ Pardon. Ah! Non, c'est plutôt une école pour les enfants des races parallèles. Nous vivons cachés depuis si longtemps que nous avons créer nos propres institutions pour apprendre à nos enfants à se contrôler et à garder le secret. Cette école existe depuis longtemps et pour votre gouvernement c'est un simple orphelinat. Nous protégeons ainsi les futurs générations et on évite les accidents domestiques. Les enfants ne sont pas toujours conscients de leurs pouvoirs et tous les parents ne sont pas à même de les contrôler. Il est difficile d'expliquer à son voisin que son fils n'a pas fait exprès de propulser son chat contre la porte manquant de le tuer ou encore dire à sa fille que son frère a involontairement mis le feu à ses cheveux. La difficulté réelle c'est la différence.

_ Les dons apparaissent dès l'enfance, je pensais que c'était plutôt un truc chimique comme la puberté qui déclenchait leurs pouvoirs.

_ Non, en fait ça dépend des parents et du caractère de l'enfant, certains découvrent leurs pouvoirs très tardivement d'autres jamais, mais ils sont tout de même envoyés dans des écoles comme celle-ci, pour être en contact avec des enfants des races parallèles car l'un des objectifs est le secret.

_ Mais comment expliquez-vous juridiquement parlant aux autorités responsables que les enfants ont des parents et qu'ils rentrent chez eux pendant les vacances.

_ La magie fait des miracles. Une petite illusion et les autorités ou plutôt leurs représentants n'y voient que du feu. Un des avantages à avoir pour directrice une des plus grandes sorcières de l'Europe. J'ai fait un échange quand j'étais plus jeune avec une autre école du même genre, c'était génial. Je me rappelle de ces nuits chaudes avec Juan-Carlos... Ne comprenez pas de travers, c'était en Espagne et nous sortions tous les soirs danser faire des rencontres et surtout nous amuser. Il ne s'intéressait pas vraiment aux femmes mais quel étalon. C'était aussi accessoirement un ours-garou. Du coup je l'évitais lors des pleines lunes, mais le reste du temps c'était mon meilleur copain. Avec le temps, nous nous sommes perdus de vue et j'ai peur de ce qui pourrait lui être arrivé.

_ Vous avez rencontré beaucoup de vampires? Demanda-t-il simplement.

_ Non, une seule. Elle s'appelait Maria, c'était une enfant solitaire qui fuyait le contact des autres. Pas méchante, mais les autres enfants de son âge n'arrivaient pas à la comprendre. Peu avant mon départ elle avait pris sous son aile un jeune loup-garou timide. Sa beauté était sans pareil, pourtant lorsque je la regardais je pensais à la reine des glaces, une héroïne de conte pour enfants.

_ La reine des glaces n'est pas l'héroïne, c'est la méchante de l'histoire, corrigea-t-il sur un ton très professionnel.

_ Si vous le voulez. Il y a des écoles un peu partout dans le monde. Nos communautés ont pensé qu'il fallait créer des écoles pour les hybrides afin qu'ils ne soient pas complètement perdus. Malheureusement le gouvernement refuse car il croit que nous allons créer une armée, endoctriner les hybrides et ils ont peur. Nous souhaitons leur apporter notre aide mais ils ne nous font pas confiance. C'est triste car il y a plus de victimes blessées ou tuées par leurs pouvoirs incontrôlés que par le rejet du traitement. Combien de morts avant qu'on nous autorise à les éduquer?

_ C'est vrai, je me souviens des difficultés à me maîtriser lorsque je suis devenu un autre. Pourtant je n'ai aucun pouvoir particulier. Je suis d'accord avec vous, les humains ne sont pas prêt à assumer une telle charge, ils n'ont pas assez d'expérience. »

Ils furent interrompus par l'arrivée de la jeune femme aux cheveux roux et un peu enveloppée qui les avait dérangé dans le bureau de la directrice. Lorsqu'elle vit la sorcière qui se levait à son approche elle lui sauta dans les bras un franc sourire éclairant son visage. Elle riait serrant dans ses bras la sorcière. S'il avait pensé un seul instant qu'elle était un danger pour la sorcière il n'aurait pas hésiter un seul instant à la neutraliser. Mais ce n'était pas le cas, pour l'instant. Les deux jeunes femmes se serrèrent dans leurs bras, tout sourire, criant, jacassant, sautillant. La plus jeune qui s'appelait Kim entraîna sa cliente alors qu'il se levait pour la suivre, la directrice sortie de nulle part le retint par l'épaule lui chuchotant que sa protégée était plus en sécurité entre ces murs que n'importe où ailleurs. De plus, elle désirait lui parler en tête à tête. A contre coeur, il s'y résigna. Le vampire faisait confiance à cette étrange femme qui dirigeait plusieurs adultes et surtout une multitude d'enfants de tout âge. Dans son regard il perçut une grande force et un éclat d'intelligence. Elle prit place en face de lui tout comme Mlle Mamikonian avant elle. Son regard se posa sur lui, le dévisageant un instant avant de commencer :

« Contrairement à Sophitia je ne vous fais pas confiance car je ne vous connais pas. Je sais que vous travaillez pour le gouvernement. Vous avez vendu votre âme au diable, même si vous ne vous en êtes pas encore rendu compte. Malgré tout vous avez gagné mon estime en sauvant Sophitia pour qui j'ai une profonde affection. J'aimerais quelle reste ici quelques jours sous ma protection. Je sais que vous la suivez partout dans ce sens. Je pense que personne ne vous en voudra si vous voulez vous en allez.

_ Si vous avez un peu de sang et une chambre noire, j'aimerais rester auprès d'elle. Bien sûr si vous n'y voyez aucun inconvénient. Sa voix se voulait neutre.

_ Non, bien sur. Mais en échange pourriez vous me rendre un petit service. Je vous explique l'orphelinat abrite deux jeunes garous un peu trop sûrs de leurs forces et de leurs supériorités. J'aimerais que vous leur donniez une leçon. »

Il lui répondit par l'affirmative sans attendre.

« Pas de problème.

_ Suivez-moi, nous avons un dojo où nous attendent Mr Vargas et Mlle Harris. Le premier est un loup la seconde une hyène. Ils ont battu tout le monde ici et commencent à jouer les gros durs.

_ Je ferai de mon mieux. »

Il la suivit dans les dédales de couloirs jusqu'à une porte en bois qui ressemblait à toutes les autres.

 

Kim était exactement comme avant enjouée, gentille et agréable. Elles avaient discuté de tout et de rien, mais surtout de tout ce qui c'était passé à l'orphelinat pendant son absence.

« Certains des plus âgés sont devenus professeurs, Ophélia Preston a remplacé Carmen en cours de chimie mais heureusement qu'elle est secondée par Terry Vitachi car aucune de ses expériences ne réussit jamais et Frank Child assiste David Barbery à la bibliothèque, les autres sont partis travailler. Jules est infiltré dans une agence gouvernementale et Stephenie Pratchett est infirmière dans une de ses cliniques pour hybrides. Ils reviennent nous voir de temps en temps, nous racontent ce qu'ils font. »

Alors qu'elle continuait à parler des nouvelles de leurs anciens camarades, la sorcière demanda où était passé le vampire. Pour une fois il ne l'avait pas suivie, peut-être était-il parti sans même la saluer, à son grand regret cette pensée lui faisait de la peine. Elle commençait à s'attacher à cet hybride. Le regard perdu dans le vide, elle écoutait d'un oreille distraite les réflexions de son amie, lorsqu'une foule d'enfants de tout âge se précipita dans le château. Kim se leva en lui criant :

« Il se passe quelque chose au dojo, un combat peut-être? Tu vas voir Harris et Vargas sont devenus vachement forts. Ils ont même battu tous les profs, la directrice est en pétard, je te raconte pas.

_ Tu as vus comment tu parles, vachement, en pétard?

_ On a pas le temps de discuter grammaire, viens! »

Toutes deux suivirent le groupe en courant vers le dojo. Les élèves aimaient l'appeler « L'abattoir » car on y ressortait souvent en morceaux, les bleus colorant la peau et les articulations douloureuses, mais surtout la porte était vraiment petite et les élèves devaient y rentrer un par un. Quand les deux jeunes femmes arrivèrent enfin à franchir la petite porte, les gradins étaient remplis. Ce n'était pas une immense salle mais les élèves n'étaient pas non plus très nombreux une petite centaine, un peu moins peut-être, les trente professeurs et leurs assistants étaient assis sur des bancs aux premiers rangs. Il n'y avait personne encore sur les tatamis rouges et beiges. Elles prirent place devant pas très loin des professeurs, Terry leur avait gardé deux places à côté de lui quand Sophitia s'assit, il lui chuchota :

« Comme au bon vieux temps!

_ C'est ça, répondit-elle en s'éloignant un peu et se retournant vers Kim. Harris et Vargas, mais c'était deux enfants quand j'ai quitté l'orphelinat, ils étaient bagarreurs et un peu indisciplinés si je me souviens bien. Elle, une petite blonde avec des bouclettes un air d'ange mais un sourire coquin, lui, un roux déguingandé un peu trop grand pour son âge cherchant la bagarre et plutôt doué pour ça.

_ Ils ont un peu changé tu vas voir...

_ Ah! »

Elle n'eut pas le loisir de continuer car les deux jeunes gens entraient sur le tatami dans des kimonos bleus, et ils n'avaient rien à voir avec les jeunes enfants dont elle avait gardé le souvenir. Harris était devenue une magnifique jeune fille aux longues jambes que l'on devinait malgré son pantalon de kimono informe, elle avait coupé très court ses cheveux et les avait teints en brun, son visage avait gardé une empreinte d'enfance et dans son regard chocolat brillait une pointe de malice. Vargas avait gagné en muscle et avait acquis une carrure d'athlète, il abhorrait une coupe militaire et un sourire de publicité. Sophitia eu le souffle coupé par cette fabuleuse transformation. La directrice qui avait revêtu un kimono japonais rose pâle et dont les cheveux étaient rassemblés en un chignon tout asiatique salua le public qui se tut immédiatement.

«  Je ne vous présente plus nos deux héros : le loup et la hyène, après une salve d'applaudissements elle reprit. Un invité a accepté de les combattre pour vous offrir, je l'espère, un magnifique spectacle. »

Alors que la foule curieuse attendait dans l'expectative, Sophitia les yeux exorbités devinait l'identité du mystérieux adversaire des deux garous. Elle murmura son nom : Mr Renault. Il entra. Il portait un kimono blanc soulignant un peu plus la blancheur de sa peau immaculée. Sa silhouette musclée d'ordinaire semblait chétive par rapport à celle du loup garou. Il salua la foule d'un geste simple. Ceux et celles qui n'avaient pas le souffle coupé par sa perfection réussirent à applaudir, même ses deux adversaires semblaient avoir perdu de leur superbe. Alors qu'il était physiquement moins impressionnant et plus frêle que ses adversaires, le vampire prenait plus de place et captait l'attention de tous. Sophitia ne put s'empêcher de regarder la foule omnibulée, les filles surtout bouches bées regardaient le jeune homme souriant, il ne semblait pas très sûr de lui. La directrice donna le départ du combat sans attendre. Les deux garous se reprirent, ils se tournèrent vers leur adversaire le sourire aux lèvres anticipant l'ivresse du combat, le flot d'adrénaline qui donne cette fabuleuse impression d'être invincible. A l'orphelinat les professeurs apprenaient à leurs élèves un large panel d'arts martiaux et des ruses pratiqués un peu partout dans le monde. Certains des meilleurs combattants participaient à des concours organisés par les différentes écoles de races parallèles. La sorcière serra les dents absorbée par le spectacle qui se déroula alors devant ses yeux. Elle se rappelait du jour où le vampire avait sauté du troisième étage la tenant dans ses bras. Elle avait cru ne pas supporter la chute et faire un arrêt cardiaque juste avant de s'écraser sur le sol. Il ne lui an avait pas fallu plus pour avoir fait confiance à un hybride. La jeune Harris, une magnifique hyène-garou s'approcha du vampire à pas lents comme pour évaluer la force de son adversaire, puis se mit en garde les poings levés, les jambes fléchies. Le coup partit si vite que l'assistance retint son souffle, la hyène avait lancé son poing à la vitesse du son mais seuls quelques uns comprirent et purent voir ce qui se passa ensuite : le vampire coinça le bras de la garou avec le sien, puis la contournant lui attrapa l'autre bras de la même façon, il se baissa la faisant passer par dessus son dos mais avant qu'elle n'est atterri sur ses pieds et alors qu'elle se préparait à lui asséner un second coup, le vampire la projeta contre le mur avec un coup de pied dans le ventre. Les autres spectateurs n'avaient vu que pirouettes et violence, puis une ombre volant et s'écrasant contre le mur. La jeune femme se redressa lentement, mais une fois sur ses deux jambes, elle s'élança vers son adversaire prenant son élan et lança son pied vers sa gorge. Une fois encore, il avait anticipé son coup attrapant son pied au vol des deux mains et le lui tordit, alors entraînée par le mouvement de rotation elle tenta avec son autre pied de lui asséner un autre coup au visage. Au dernier moment, le vampire l'évita en reculant juste assez sa tête. La hyène se reçut sur ses pieds et ses mains avec une rare souplesse, très rapidement elle fit une balayette au vampire qui fit un saut de main arrière se mettant ainsi hors de sa portée.

« Bien, Mme Chattam avait raison vous êtes plutôt douée. Continuons plus sérieusement. »

Elle salua ses propos avec un sourire rejetant ses cheveux en arrière, une habitude qu'elle avait gardé du temps où ses cheveux étaient longs et blonds. Le vampire était de marbre, sa peau pâle éclairée par les lumières blafardes du dojo, ses yeux avaient pris la teinte d'un éternel crépuscule un soir d'orage. En face de lui la hyène superbe, le détaillait d'un nouvel oeil. Elle fit rouler les muscles de son dos avant de se préparer à attaquer, tout en cherchant la faiblesse de son adversaire. Les hyènes attaquent en bande, elles ne sont pas exclusivement des animaux charognards mais surtout des prédateurs s'attaquant aux plus faibles. Les femelles dominent, c'est pour cela que la jeune Harris était devenue la meilleure combattante de l'orphelinat, il lui arrivait même de battre celui qui était devenu son ami le jeune loup-garou Stephane Vargas. Habituellement les garous restent avec ceux de leur espèce, comme dans la nature : les loups vivaient en meute et les hyènes en bande, certains comme les ours vivaient en solitaire se liant très peu avec les autres. Il faut bien quelques exceptions pour confirmer la règle. La jeune garou décida d'utiliser son enchaînement préféré : elle donnait trois coups de poings que l'adversaire esquivait ou non selon son niveau, mais ce n'était qu'une diversion, avant que son adversaire ne réplique la plupart du temps avec les poings, la jeune hyène donnait un coup de genou dans l'aine puis son coude s'abattait avec violence sur son dos. L'ennemi à terre, la hyène s'acharnait sur son adversaire ne lui laissant aucun répit et sous les coups répétés, ne pouvait se relever. Malheureusement rien ne se passa comme d'habitude, comme prévu il évita ses poings mais quand elle lança son genoux vers le haut la jeune femme ne sentit que du vide, il était trop tard lorsqu'elle se rendit compte qu'il était passé dans son dos se servant de ses épaules comme cheval d'arçon et sans savoir vraiment pourquoi ni comment, son corps refusa de bouger, immobilisé, paralysé. Elle entendit le vampire lui murmurer :

« Bien un peu trop académique peut-être mais tu mets du coeur à l'ouvrage. Un petit conseil chaque adversaire est différent, la prochaine fois, fais travailler ton imagination. »

Elle voulut lui répondre par l'affirmative ou même hocher la tête, mais c'était tout bonnement impossible. Alors que le vampire s'écartait et elle s'écroula sur le sol. La jeune femme remua les doigts avec difficulté, la douleur était à peine soutenable, au moins elle retrouvait sa mobilité. Au moment où la directrice prononça la victoire du vampire les filles hurlèrent et ce fut la folie dans les gradins. Très vite Mme Chattam les calma. Tout son être dégageait une autorité naturelle, ses gestes étaient calmes et posés, son regard droit et franc. Un silence absolu s'abattit sur le dojo, pas un silence de mort qui hante les cimetières où les lieus désertés par la vie, ni un silence chaud et doux qui règne dans les bibliothèques mais plutôt un silence furieux celui qui précède la tempête et l'orage, un silence suspendu, palpable, tendu. Le loup garou loin d'être impressionné par le combat qui venait de se dérouler sous ses yeux, vint se placer face au vampire. Sur le coté, son amie qui se remettait de ses blessures autant physiques que morales, l'observait de ce regard qu'il adorait, à la fois blessé et mutin. Il dévisagea le vampire, il savait à quel point la hyène-garou était forte, il ne fallait pas sous estimer cet être à l'allure soigné et presque fragile. Il choisit le judo et le jiu-jitsu, sports dans lesquels il excellait. Les deux jeunes hommes commencèrent à tourner autour d'un cercle invisible, tels deux danseurs s'affrontant du regard. Face à face ils se préparaient, le garou était penché en avant, avançant ses mains l'une en-dessous de l'autre pour pouvoir mieux attraper la garde du kimono de son adversaire. Le loup attaqua en premier, exécutant une prise de judo consistant à faire basculer son adversaire par dessus son épaule. A sa grande surprise, il réussit projetant le vampire par terre, il enchaîna par un blocage au sol, mais son adversaire était déjà debout face de lui. Le vampire attrapa la garde du loup et basculant sur le dos posant son pied sur son ventre, ou plutôt sur une dure tablette abdominale, entraînant le garou dans sa chute et le projetant à son tour : la planchette japonaise audacieuse et pas toujours aisée. Le vampire se releva avec souplesse et grâce, alors que le loup se remit sur pieds avec quelques difficultés. Sur son visage apparut un sourire et ses yeux pétillaient, il ne ressentait plus aucune douleur. Il repartit aussitôt se plaçant en face de son adversaire, ses mains tournant l'une au-dessus de l'autre afin d'attraper plus aisément la garde de son adversaire. Dans le public la sorcière avait senti la tension envahir tout son corps et au fur et à mesure que le combat évoluait, ses jambes s'étaient serrées très fort l'une contre l'autre, ses mains avaient commencé à trembler, ses dents étaient pressées très forts comme soudées ensemble dans un geste involontaire. Elle s'entendit à plusieurs reprises murmurer allez vas y, oui, c'est ça. Le sort qu'elle avait lancé au début du combat afin de n'en rater aucune miette était parfait. Si parfait que sans s'en rendre compte, elle l'avait lancé sur toute l'assistance. Personne, à part les professeurs et la directrice, n'avait pu s'en rendre compte et reconnaître sur le sort l'empreinte de Sophitia Mamikonian. La sorcière ne tenait pas en place, on aurait pu croire qu'une personne mal intentionnée avait placé du verre pillé sur son fauteuil. Elle ne quittait plus des yeux le combat. Le loup prit la garde à gauche pour déstabiliser son adversaire. Mais rien n'y fit, il sut au moment même où le vampire lui saisit le bras qu'il avait perdu. La prise avait été rapide, il avait essayé de s'en dégager mais en vain, les deux bras du vampire lui enserraient la tête et rapidement il perdit connaissance. La victoire était totale. Tout le public se leva criant, sifflant et tapant des pieds. La sorcière d'un bond sauta par dessus la barrière pour rejoindre le tatami et son garde du corps. Une fois près de lui elle ne put s'empêcher de le serrer dans ses bras le plus fort qu'elle le put. Son visage était indéchiffrable mais elle savait que ce n'était qu'une façade. Mme Chattam les emmena tous deux dans la pièce qui faisait office de vestiaires aux combattants. Peu après, les deux garous, penauds rejoignirent le groupe accompagnés d'un infirmier. Après s'être assis sur des bancs disposés en cercle, la directrice remercia chaleureusement le vampire pour son intervention. La sorcière s'était assise à côté de lui ne le quittant plus. Les garous avaient perdu un peu de leur superbe. Mme Chattam les remercia également, mais son sourire signifiait clairement : vous voyez, vous n'êtes pas si fort que ça.

« Je ne vous ai pas présenté votre adversaire, je vais immédiatement palier à ce manque. Mr Renault est le garde du corps de Sophitia, une de mes anciennes élèves. C'est une sorcière. Lui par contre, c'est un vampire. Pas un pur souche, un hybride.

_ Pourtant, il a autant sinon plus de force que nous. J'ai vraiment cru que c'était un pur souche, répliqua Stephane Vargas étonné.

_ Ouais, c'est vrai son odeur est caractéristique, j'en ai croisé un en Finlande lors de mon échange l'année dernière, ajouta-t-elle se remettant plutôt bien de sa pénible défaite. Mais sa puissance, sa façon de bouger et sa force, tout fait penser à un vrai vampire. Incroyable!

_ D'après les études qui ont été faites l'A.D.N. injecté à l'humain ne s'assimile qu'en partie, c'est pour cela qu'on les appelle hybrides car une partie seulement change, mais la plus grande part d'eux même reste humaine. Pour notre ami ici présent, ce n'est pas le cas. Pardonnez-moi Mr Renault, s'excusa-t-elle auprès du garde du corps, mais je me suis quelque peu renseignée sur vous. Donc, son A.D.N. a assimilé complètement celui du vampire qu'on lui a injecté. Il est devenu aussi vampire qu'un vampire de pure souche. Et pourtant vous n'êtes pas le frère jumeau du vampire dont on vous a injecté le sang. C'est un peu compliqué, mais pour faire simple, votre A.D.N. est unique, il garde des traces d'anciens gènes mélangé avec ceux de l'A.D.N vampire.

_ Je ne le savais pas, répondit Mr Renault troublé. (La main de la sorcière se posa délicatement sur celle du vampire qui ne sembla pas la sentir.)

_ Il fait donc un excellent combattant et par conséquent un garde du corps très doué, répliqua la directrice. C'est aussi pour cela que le gouvernement vous a mis la main dessus, vous êtes à la fois un sujet d'étude et un allié car vous n'êtes pas des nôtres et ni un humain, donc rejeté par tous. Ils sont très malins, vous n'êtes qu'un pion précieux mais qui pourrait être sacrifié. Ne l'oubliez jamais je vous en prie.

_ J'essaierai, affirma-t-il.

_ Bon, les enfants, vous êtes dispensés de cours pour la fin de la journée. Merci, et je vous prierais d'arrêter de jouer les plus forts et d'inspirer la crainte à vos petits camarades. J'espère que cette petite leçon vous aura appris l'humilité. Filez! »

Les deux garous ne se firent pas prier, ils se retirèrent sans un mot le regard baissé. Une fois la porte claquée derrière eux, Mme Chattam se tourna vers la sorcière et son garde du corps :

« Sophitia je t'ai réservée la chambre que tu aurais dû avoir si tu étais restée ici, je n'ai pas eu le coeur de la confier à une autre personne. Mr Renault partagera votre chambre, une de nos demoiselles a eu la gentillesse d'y installer un lit de camp. Sophitia m'a parlé de cette potion qui vous permet de sortir la journée, j'aimerais que tu lui en refasses, dit -elle en se tournant vers une Sophitia attentive. Pourriez-vous, se tournant de nouveau vers le vampire, bousculer vos habitudes de sommeil et dormir la nuit? Vous pourriez ainsi à votre aise protéger votre cliente.

_ Ce sera avec plaisir si Mlle Mamikonian n'y voit aucun inconvénient, répondit le vampire sur un ton égal. De toute façon je dors peu.

_ Euh non, ça va aller. Enfin je crois. »

La sorcière regarda son mentor, son amie. Elle sentait que quelque chose clochait, ayant connu Estelle avant même qu'elle devienne directrice de l'orphelinat, sans qu'elle puisse mettre le doigt dessus. Appeler cela l'intuition féminine ou autre pressentiment similaire, mais l'attitude de son amie traduisait un malaise certain. Plus elle réfléchissait, plus elle en était sûre. Était-ce personnel ou alors cela concernait-il l'orphelinat? Le regard d'Estelle était neutre, pas vraiment vide mais plutôt comme si elle cachait derrière un voile transparent mais opaque ses plus noirs secrets. Que se passait-il?

 

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