Chapitre 1 : un nouveau départ

 

 

Chapitre 1

 

    Il y a un an, jour pour jour, il était devenu quelqu'un d'autre. Il avait tout quitté, changement de domicile, de ville, de vie. Un nouvel appartement plus grand mais plus excentré, un nouveau travail plus physique mais plus amusant, il était un nouvel homme ou plus vraiment. Le réveil sonna vers cinq heures, la radio se mit en marche, un animateur présentait les prochains titres qui allaient passer. Posant un pied après l'autre, il se leva doucement, pas encore tout à fait réveillé. Les yeux collés, il arriva à la kitchenette, ouvrit le frigo et prit une bouteille. La table était encombrée de papiers, de journaux et de crayons. Sa main balaya le tas de paperasse afin d'aménager une petite place pour un bol qu'il remplit abondamment. Il but d'un trait. Une fois son repas terminé, il retourna dans sa chambre pour s'habiller. Il enfila un costume et par dessus sa tenue de moto, il commençait aujourd'hui avec une nouvelle cliente. Ses clefs en poche, il descendit les escaliers qui menaient au garage. Il roula doucement, il n'était pas en retard. Il laissa son véhicule dans un garage public et se rendit à pied devant l'hôtel de ville où sa cliente lui avait donné rendez-vous. Une limousine s'arrêta devant lui, un chauffeur en sortit, se dépêchant d'ouvrir la porte arrière pour le faire rentrer. Il s'exécuta. L'odeur de l'encens lui monta à la tête. Une jeune femme lui sourit :

« Bonjour Mr Renault. Je m'appelle Sophitia Mamikonian et je suis la sorcière que vous devez protéger et qui vous payera si vous le faites. »

La voix était rauque mais chantante, elle semblait presque vivante.

« Enchanté Mlle Mamikonian.

_ Je vous conduis dans ma demeure, Mr Renault. »

    Il acquiesça dans un sourire. Le voyage se déroula alors sans un mot. La limousine quitta la ville pour la campagne, après un long moment sur les routes, elle longea une immense muraille en pierre avant d'arriver à un tout aussi immense portail en fer forgé noir. Le chauffeur descendit pour parler à un vigile qui les laissa entrer. La voiture s'engagea sur un chemin pavé et roula au pas jusqu'à une petite maison d'un seul étage. « Nous sommes arrivés » dit-elle avec un grand sourire. Elle sortit lorsque son chauffeur lui ouvrit la portière. A la lueur de la lune, il put enfin l'observer à son aise. Elle était vêtue d'une cape prune qui lui tombait sur les chevilles, chaussée de bottes noires à talons hauts. Ses cheveux bruns raides étaient lâchés sur ses épaules encadrant un visage sage. Ses yeux avaient une couleur étrange, dorés au milieu puis l'or se teintait de vert pour terminer par un liserai presque noir.

« Entrons, je vais vous faire visiter.

_ Je vous suis. »

    Lui répondit-il perplexe, était ce vraiment une sorcière? Elle n'en n'avait pas le style. Il ne savait quoi penser. Elle ouvrit la porte de la maison, le chauffeur resta dans la voiture.

« Voici la salle à manger-salon et la cuisine, la salle de bain et les toilettes, ma chambre à coucher, à la cave il y a ma bibliothèque et mon laboratoire. » Elle le conduisit dans son antre. « Vous connaissez à présent ma demeure. Ils voulaient me donner un logement de fonction, mais je tiens à ne rien changer à mes habitudes mais je n'ai pu les dissuader de construire cette affreuse muraille sans parler des vigiles qui contrôlent les entrées et les sorties. Je n'en peux plus. Et voilà que maintenant il m'impose un garde du corps. Excusez-moi ce n'est pas contre vous. Vous êtes le troisième les autres sont partis je n'ai pas encore compris pourquoi. »

Son sourire narquois indiquait tout le contraire.

« C'est peut être pour ça qu'ils ont pris un vampire cette fois. Vous n'êtes pas un pur souche, n'est-ce pas? 

_ En effet, répondit-il sur le ton le plus professionnel qu'il put, la sorcière le déstabilisait assez.

_ Remontons à l'étage je vous prie, continua-t-elle effaçant son sourire. Je vous fais du thé?

_ Je n'en bois pas, merci, répondit-il toujours sur le même ton.

_ C'est vrai, répondit-elle en repartant dans le coin cuisine.

_ J'aimerais avoir votre emploi du temps de la semaine s'il vous plaît.

_ Il est sur la table dans la pochette bleue avec tout ce qu'il vous faut.

_ Merci, dit-il en vérifiant avec attention chaque papier.

_ Je n'ai jamais rencontré de vampire avant. J'ai entendu dire qu'il n'en restait plus beaucoup en Europe.

_ Je ne me suis jamais posé la question.

_ Pourtant sans eux vous ne seriez pas la personne que vous êtes devenu.

_ Vous êtes une pure souche vous aussi et c'est pour ça que je suis censé vous protéger. Les sorcières, non plus, ne sont plus très nombreuses en Europe.

_ Je le sais très bien, la colère dans sa voix était palpable.

_ Les réseaux terroristes « G.P.S.E.H. » (Groupe Pour la Sauvegarde de l'Espèce Humaine) ont trop bien fait le ménage. Lorsqu'ils ont infiltré la banque de données scientifiques, ils ont pu savoir où vous trouver et comment vous éliminer.

_ C'est vous les hybrides qu'ils auraient dû éliminer, vous et tous vos semblables. Vous les humains vous jouez aux apprentis-sorciers et c'est nous qu'on tue. Je hais les humains. Ce n'est ni vous et encore moins ces murailles dehors qui me protégerons de la folie de votre espèce, s'énerva-t-elle ses yeux virant à l'or.

_ Ce traitement m'a sauvé la vie... déclara-t-il dans un murmure.

_ Mais en échange de votre vie nous perdons les nôtres, se calma-t-elle. »

    Le silence s'installa dans la pièce, interrompu seulement par le tic-tac obsédant de la pendule du salon. Elle dévisagea le vampire aucun miroir ne refléterait son beau reflet. Un costume noir soulignait son élégante silhouette, ses mains fines et délicates reposaient sur ses genoux, jointes, ses cheveux châtains clairs bouclaient capturant les rayons de lumière, il possédait des lèvres sensuelles et un nez fin. Mais la sorcière ne pouvait quitter ses yeux d'un bleu profond, de ce bleu dont est coloré le ciel une nuit d'été qui capte la lumière comme un millier d'étoiles, une cercle plus foncé bordait la pupille. Elle avait peur, beaucoup de ses amis étaient morts lors des fameux attentats. C'est la haine qui chaque matin l'aidait à se lever et à continuer de vivre. La haine pour ses humains qui lui avaient tout pris, liberté, pouvoir de décision, ses amis et sa famille, était plus forte que la pitié qu'elle avait éprouvé pour eux lorsqu'ils mouraient par millions. La maladie les avait terrassés n'épargnant aucune région du globe. Le seul traitement que les scientifiques avaient trouvé, dormait là sous leur nez depuis quelques centaines d'années, des êtres avaient évolué différemment nourrissant les légendes et les contes et c'est eux qui avaient sauvé la race humaine. Ces races parallèles s'étaient dévoilés au grand jour quand une sorcière avait découvert que son sang contenait un virus capable de freiner la maladie qui terrassait l'espèce humaine. Une par une ces communautés avaient prix contact avec les autorités internationales. Une révélation qui avait bouleversée l'opinion publique. Tous les pays n'avaient pas tous réagi de la même façon certains persécutant ces êtres anormaux d'autres les portant aux nues. Puis le traitement avait été mis au point sauvant plus de vies qu'on ne pouvait l'espérer, les scientifiques l'avaient encore amélioré lorsqu'ils avaient découvert la compatibilité de l'A.D.N. avec le virus, ils avaient alors mis en place cinq traitements différents correspondant aux cinq races parallèles : les sorciers, les garous, les vampires, les nécromanciens et les ombres (humanoïdes dotés d'une faculté particulière et non évolutive). Les humains traités prenaient les caractéristiques de la race dont était issu le virus, ils devenaient des hybrides à moitié humain et à moitié vampire, sorcière, garou, nécromancien ou ombre. Certains y voyaient une chance de sauver le monde, d'autres y voyaient la fin de la race humaine. Ces derniers avaient manifesté, tiré des sonnettes d'alarmes et comme le gouvernement et surtout les autorités internationales étaient restées muettes à leurs supplications et revendications, ils étaient passés à l'action. Une chose pouvant en entraîner une autre, ils avaient créé un groupe terroriste dont les ramifications étaient internationales et n'avaient aucune limite dans le monde. Partout, au même moment des attentats avaient tué des membres des races parallèles grâce au piratage informatique de la banque de données scientifiques, obligeant les autorités à protéger les survivants de ce génocide. Le virus n'est viable que dans les organismes vivants des pures souches, car une fois l'humain transformé le virus disparaissait.

Le vampire se leva, se dirigeant vers une des fenêtres de la maisonnette. Le regard fixe il demanda à la jeune femme :

« Pouvons-nous faire le tour de votre propriété, s'il vous plaît?

_ Je m'habille et nous pouvons y aller. »

    Aussitôt dit, aussitôt fait elle remit sa cape sur son dos et se boutonna. Il lui ouvrit la porte tout en surveillant que la propriété était vide à part bien sûr le personnel. Depuis qu'il était devenu vampire ses sens s'étaient affinés. Ses lunettes avaient fini au placard, il en avait ri aux larmes, par contre il détestait tout entendre. Dans son métier par contre cela lui avait rendu service plus d'une fois, il avait même eu une prime et était monté en grade d'où cette nouvelle cliente. Ils sortirent dans la nuit quittant cette odeur entêtante d'encens qui accompagnait la sorcière là où elle allait.

« Mr Renault, s'il vous plaît, ralentissez! Lui demanda-t-elle essoufflée.

_ Excusez-moi, répondit-il en ralentissant.

_ J'adore sortir la nuit, l'air y est plus pur et la magie semble plus vivace.

_ Je ne comprends pas, déclara-t-il l'air perplexe.

_ La magie n'est pas une science, c'est plutôt comme un animal il faut savoir l'apprivoiser et non pas l'exploiter mais les hybrides, personnes ne leur a appris cela et la magie se retourne parfois contre ceux qui l'utilisent.

_ Il y a quelque chose ici que je n'ai jamais senti ailleurs auparavant. C'est étrange, c'est comme si l'air est électrique, j'entends comme un grésillement et cette odeur indéfinissable, elle ressemble un peu à celle qui vous caractérise.

_ Ah oui, j'ai mis un sort défensif autour de ma maison pour me protéger. Comme je vous l'ai dit je n'ai absolument pas confiance en cette muraille, ni en vous. »

    Elle s'arrêta au milieu du chemin de terre qu'ils empruntaient et comme il se retournait elle planta ses yeux dans les siens mais son regard resta impassible. L'humanité semblait s'être envolée comme si jamais il n'avait été l'homme qu'il avait été. Ils restèrent un long moment sans bouger. Puis rompant cet instant de tension extrême, il lui demanda :

« En quoi consiste ce sort défensif? Dites-moi tout avec précision.

_ Et révéler mes petits secrets, non jamais de la vie, répondit-elle dans un sourire.

_ Ce n'est pas réellement une question, son ton était sans appel.

_ D'accord, d'accord. Mais gardez ça pour vous, un truc comme le secret professionnel, je ne voudrais pas qu'une autre sorcière s'approprie des recettes ancestrales. Jurez le! »

Le regard droit de la sorcière fit vaciller celui du vampire, il détourna les yeux puis jura dans un murmure. Il fit quelques pas. La sorcière le suivit et poursuivit :

« C'est très simple, j'ai jeté un filet d'énergie sur un rayon de cinq-cent mètres autour de ma demeure et si une personne y pénètre sans que je ne l'y autorise, elle meurt dans d'atroces souffrances. La mort est assez lente pour que je puisse l'interroger avant qu'elle ne rende l'âme.

_ Vous savez que vous faites peur. Autant de violence dans la bouche d'une si jeune femme.

_ Je ne suis pas une femme, je suis une sorcière. La cruauté ne vient pas de moi mais de ceux qui veulent attenter à ma vie. Je ne fais que leur répondre. L'adage ne dit-il pas : « oeil pour oeil, dent pour dent. »

_ Je ne voulais pas vous blesser. Continuons. »

    Une fois qu'ils eurent fait le tour du parc qui entourait la maison, le vampire en savait maintenant assez sur le terrain, mais sa cliente restait un mystère. D'après son emploi du temps, elle avait rendez-vous dans une heure à la clinique Diesel situé à la campagne. Il ne comprenait pas comment elle pouvait à la fois haïr les humains, il l'avait entendu dans sa voix et en même temps perdre son temps à donner des échantillons de sang remplis de virus pour sauver leur vie. Le gouvernement certes lui apportait une aide financière, mais elle ne semblait pas en avoir réellement besoin. Il retournèrent dans la maison.

« Je dois me rendre dans mon laboratoire, je suppose que vous devez me suivre.

_ En effet, c'est la procédure. Je dois vous suivre où que vous alliez. Répondit-il très simplement.

_ Ça risque de devenir gênant à la longue.

_ Je ne comprends pas.

_ J'ai vraiment l'impression que votre transformation vous a fait perdre toute votre humanité, la tristesse raisonnait dans sa voix. »

    Il la regarda un peu perdu, puis se ressaisit. Elle se leva doucement. Il la suivit, descendant les escaliers sans un bruit à sa suite. Dans un soupir d'aise, elle se dirigea vers une des étagères, choisit un manuscrit, le posa sur la table et le feuilleta. Aucune poussière ne s'en échappa à la surprise du vampire. Il la regarda tout en restant attentif à ce qui se passait dehors, le vigile venait de se servir son cinquième café de la journée après avoir appelé sa femme pour la rassurer, elle avait fait un cauchemar, le chauffeur quant à lui s'était endormi en écoutant du Beethoven, sept voitures avaient longé la muraille mais aucune ne s'était arrêtée. La sorcière pris sur une autre étagère des bouteilles de différentes couleurs, telle une chimiste, elle préleva à l'aide d'une pipette les produits, les ajouta dans des tubes à essais. L'expérience dura une quinzaine de minutes. Elle se retourna vers le vampire une éprouvette à la main :

« Tenez c'est pour vous.

_ Qu'est ce que c'est?

_ Une petite recette de grand-mère, je vois briller une lueur d'impatience dans votre regard. C'est une potion qui vous permettra de sortir à la lumière du jour. J'ai remarqué votre peine lorsque vous regardiez la lune. Grâce à ce petit cocktail vous pourrez admirer la lumière du soleil. Par contre l'effet n'est pas illimité, une journée tout au plus. Je vous le mets en bouteille, vous l'utiliserez quand bon vous semblera.

_ Je ne sais pas quoi dire.

_ Alors remerciez-moi tout simplement, dit elle dans un sourire.

_ Merci. »

    Non, vraiment il ne comprenait pas cette femme. Une double personnalité peut-être, un esprit machiavélique c'est bien possible. Elle le traitait comme un moins que rien doutant de ces capacités à la protéger et elle lui offrait ce qui lui manquait le plus. Il ne savait pas comment se comporter avec elle. Il ferma les yeux. Lorsqu'il les ouvrit, elle se tenait devant lui le regard interrogatif. Il prit la bouteille qu'elle lui tendait et la mit dans sa poche. Son sourire illumina ce visage sage. La sorcière remonta, il monta à sa suite. Toujours vêtue de sa cape prune, elle sortit sans fermer la porte, il la suivit. Le chauffeur s'était réveillé et ouvrit la porte à la sorcière. Le vampire lui fit comprendre qu'il n'avait pas besoin de lui pour ouvrir une porte. La limousine reprit le chemin en sens inverse, le vigile ne se fit pas prier pour ouvrir le portail. La nuit était noire, des nuages cachaient les étoiles et la lune. La route était déserte. Une chouette quitta la branche sur laquelle elle guettait un mulot ou une souris. Les champs bordaient la route et seuls quelques épouvantails défiaient la nuit. La clinique était tout aussi éloignée de la ville que la maison de la sorcière. Le chauffeur allait ouvrir la porte de sa passagère mais le vampire le devança.

« A l'avenir, c'est moi qui lui ouvrirait sa portière pour sa sécurité. »

    Il fit la grimace et retourna dans la limousine sans un mot. Il savait de quelle race il était, son corps respirait la peur. Il le maudissait à peine la portière refermée, vexé. La sorcière avança sans attendre son garde du corps avec la force de l'habitude. Le vampire la rattrapa avant qu'elle ne pénètre dans la clinique. La secrétaire salua la sorcière par son nom, c'était une habituée. L'ascenseur les conduisit au second étage, les murs étaient de cette couleur bleue pastelle qu'on trouve que dans les hôpitaux avec ce blanc-cassé inimitable. Ils longèrent un long couloir, passèrent devant le bureaux des infirmières qui saluèrent la jeune femme et s'arrêtèrent devant un bureau. Sur la plaque était inscrit le nom du médecin : Dr Delarue. Elle frappa à la porte doucement, avec délicatesse, presque avec tendresse. Le médecin se leva de son fauteuil, fit le tour de son bureau et se dirigea vers la porte. Il pouvait entendre le bruit étouffé de ses pas sur la moquette. Lorsqu'il ouvrit la porte, le vampire sourit intérieurement : il avait trouvé pourquoi malgré sa haine pour les humains la sorcière se rendait une fois par mois pour donner un peu de son sang pour les sauver. Le médecin était charmant pour un humain. Sa jeunesse et sa carrure attiraient l'oeil. Mais c'est son sourire, ses longs cils et son regard franc qui faisait papillonner les yeux de la sorcière. D'un geste franc, il serra la main des deux jeunes gens et les fit à entrer. Le docteur les invita à s'asseoir, seule la sorcière le fit. Elle buvait ses paroles, ce qui amusa le vampire. Le docteur semblait impassible comme si le charme évident que lui faisait la jeune femme ne l'atteignait pas. Dehors un patient s'excitait hurlant qu'une infirmière voulait l'empoisonner. Dans un placard les ébats amoureux du personnel rythmaient la vie de la clinique rappelant que chaque instant est précieux lorsqu'on ne vit qu'une fois. Rien d'anormal. Il resta attentif a ce qui se passait à l'extérieur tout en regardant le médecin qui restait indifférent aux tentatives de séduction de la jeune femme.

« Mlle Mamikonian je vais vous faire votre prélèvement mensuel, veuillez relevez votre manche, voilà. Merci. »

    Le sang remonta le long du tuyau transparent avant de remplir une pochette tout aussi transparente. Le vampire sentit l'eau lui venir à la bouche. Ses yeux ne pouvaient détacher le liquide rouge, il en oublia tout même la discussion étrange qui avait commencé au rez-de-chaussé parlant de meurtre et de sauvegarde de l'espèce humaine. Le médecin qui le regardait avec inquiétude vit son trouble et lui demanda de sortir. Il se précipita vers la porte sans demander son reste. Il s'approcha de la fenêtre l'ouvrit respirant l'air frais de la nuit. Les idées éclaircies, loin de la tentation, il put revenir sur les personnes dont la conversation l'avait intrigué. Il ne devait pas se laisser distraire par ces nouveaux instincts. Il y avait trois personnes, deux hommes et une femme, c'est elle qui semblait mener le groupe. Ils s'arrêtèrent au troisième étage. A ce moment là, le vampire sentit l'angoisse, la tension et surtout une odeur étrange qu'il n'arrive pas à identifier. Pressentant ce qui risquait de se passer, il fit irruption dans le cabinet du docteur. Sans un mot, il regarda par la fenêtre, l'ouvrit. Il arracha la perfusion fermant ces sens sous le regard interloqué du beau médecin. Le vampire souleva la sorcière aussi facilement qu'un fétu de paille et sauta avec elle par la fenêtre. Il entendit les trois personnes de l'ascenseur qui enfonçaient la porte du cabinet médical et qui se précipitaient vers la fenêtre ouverte, interloqués,la colère et la haine défigurant leurs traits. Il courut à la voiture, ne lâchant pas sa cliente, à peine la portière refermée il ordonna au chauffeur de partir le plus vite possible. La limousine démarra en trombe manquant de renverser un jeune homme qui traversait le parking.

« Mais qu'est ce qui vous a pris, vous êtes complètement fous! Lui cria la sorcière la voix vibrante de colère.

_ Je viens de vous sauvez la vie, lui répondit-il calmement.

_ Vous... Comment? Que venez vous de dire? Demanda-t-elle tremblante.

_ Je vous ai sauvé la vie. Ces gens qui nous insultaient à la fenêtre étaient des terroristes qui en voulaient à votre vie.

_ Comment pouvez-vous en être sûr?

_ Ils en parlaient dans l'ascenseur et l'odeur étrange dont ils étaient imprégnés, un mélange de souffre, de violette et un je ne sais pas trop quoi d'anormal.

_ De la « mort en bouteille » c'est ainsi que nous les sorciers nous l'appelons, une manière radicale d'éliminer un membre de notre race. Je m'excuse de vous avoir agressé. Mais vos manières sont vraiment peu conventionnelles.

_ Je n'avais pas le choix. C'est entièrement ma faute. J'ai été déconcentré par la vue de votre sang. Si je n'avais pas eu ce moment de faiblesse, nous aurions pu sortir par la porte, descendre les escaliers de secours, sa voix tremblait de rage et de frustration.

_ On ne peut lutter contre sa nature. »

    La douceur transparaissait dans sa voix, elle prit sa main délicatement plantant son regard dans le sien. Il la retira aussitôt. Son masque d'impassibilité réapparut sur son visage. Il interrogea la sorcière pour savoir qui aurait pu communiquer la date du rendez-vous mensuel avec la clinique. Seulement le médecin, la secrétaire, le chauffeur et lui-même et ils étaient selon elle dignes de confiance. Il téléphona à ses supérieurs pour signaler l'incident et donner une description très précise des terroristes. Le chauffeur signala qu'une voiture les suivait. Toujours au téléphone avec ses supérieurs, le garde du corps demanda s'il pouvait les interroger et les mettre hors d'état de nuire, ce qu'on lui refusa. Il devait avant tout protéger sa cliente. Il soupira et demanda à la sorcière si elle pouvait exécuter un sort d'illusion de façon à semer leurs poursuivants, elle lui sourit et chuchota des mots incompréhensibles, puis ordonna au chauffeur de ralentir. La voiture les dépassa sans les voir. La limousine reprit sa route. Apparemment son dossier n'avait pas menti, la sorcière maîtrisait l'art des potions autant que celui des formules. Mais pour une sorcière pure ce n'était rien, il fallait qu'il découvre quelles étaient ses limites et si elle maîtrisait la véritable magie celle au-delà des mots et des expériences chimiques. Sa première nuit avait été tout de même concluante. Ils arrivèrent devant l'énorme portail que le vigile ouvrit après un bref échange avec le chauffeur. La limousine à peine garée le vampire sortit pour ouvrir la portière de la jeune femme. Ils pénétrèrent ensemble dans la maison. Il prit une chaise et regarda la sorcière se servir un verre de jus de fruit. Elle soupira d'aise rassurée d'être rentrée dans sa maison adorée. Elle s'assit sur le canapé détendant chacun de ses muscles chantant pour elle même une musique douce. Cet odeur d'encens se fit plus forte, il se rendit compte que c'était la sorcière qui dégageait cette odeur. Intrigué, il la dévisagea. Ses yeux étaient fermés, son visage était si paisible qu'on aurait pu croire qu'elle dormait mais le vampire entendait son coeur battre trop vite pour une personne endormie. Elle resta un long moment sans tout à fait dormir, mais sans bouger la peur, la panique et la colère quittant peu à peu son corps, il commençait à s'habituer à cette étrange odeur d'encens. Lorsque enfin elle sortit de sa torpeur, il était l'heure pour lui de passer le relais au prochain garde du corps, un simple humain et pourtant il n'était pas mauvais dans sa profession et surtout jamais lui ne se serait laissé déconcentrer par quelques malheureux millilitres de sang. Il s'en voulait beaucoup de s'être laissé distraire et ne savait comment se défaire de cette malédiction, de cette obsession. Ces rêves étaient remplis de sang comme on rêve de nourriture mais aussi comme on rêve d'une amante, d'un amour languissant. La première chose à laquelle il pensait en se levant le matin, c'était ce liquide rouge et épais au goût incomparablement délicieux et il était la dernière chose à laquelle il pensait avant de sombrer dans le sommeil. C'était une faim qu'il n'arrivait jamais à totalement rassasier. Les premiers jours à la sortie de l'hôpital il avait cru devenir fou ne pensant à rien d'autre. Cette affreuse sensation de manque. Ses jambes refusaient de le porter, son corps était pris de tremblements et sa tête semblait vouloir éclater. La souffrance avait été si intolérable qu'il avait cru en mourir. Finalement après deux jours de sevrage, il était allé voir un spécialiste qui l'avait fait rentrer dans un groupe de soutien. Il avait appris à se contrôler, à comprendre, à réapprendre à vivre. La vie de jour lui manquait tellement qu'il était sorti à l'aurore pour voir, pour sentir la caresse du soleil, mais cette lumière qui jamais ne lui avait tant manqué, l'avait brûler. Des cloques étaient apparues sur se mains là où le rayon l'avait effleuré. La douleur avait été intolérable. Les cicatrices avaient disparu avec le temps mais dans ses cauchemars parfois il ressentait encore et encore cette brûlure comme si son âme plus que son corps en avait gardé une trace indélébile. La sorcière se leva et la regarda, l'or avait envahi ses pupilles.

« Mr Renault, il est temps de vous ramener.

_ Merci.

_ Allons-y je ne voudrais pas faire attendre mon chauffeur. »

    Ils franchirent la porte de la maison ensemble. Le chauffeur démarra le moteur de la limousine au moment où le vampire ouvrit la portière pour y laisser entrer la jeune femme. La femme du vigile l'avait appelé pour savoir s'il pourrait amener les enfants à l'école le matin même. Le portail s'ouvrit sans même qu'il ne pose son téléphone. Le vampire se demanda si cette pauvre femme dormait de la nuit. La limousine le déposa devant l'hôtel de ville. Il récupéra sa moto et rentra chez lui à l'abri des rayons du soleil. Après avoir envoyé son premier rapport, il se servit un verre de cet élixir qui le rendait fou, puis se coucha dans son lit défait. Heureusement la femme de ménage passait le lendemain. Le sommeil le faucha et l'emmena dans un monde sans rêve.

 

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Commentaires (6)

1. Prisca (site web) 16/06/2009

encore uen fois je le dis j'aime beaucoup le style ! :P
vraiment sympas ! puis l'histoire m'interresse ! je prendrai du temps pour lire les autres chapitre =) maintenant je sais ce que c'etait que ce traitement :P en tout cas j'aime bien ^_^ je repasserai =D

2. Alyzée (Point-Blank) (site web) 02/06/2009

"La magie n'est pas une science, c'est plutôt comme un animal il faut savoir l'apprivoiser et non pas l'exploiter"

J'aime beaucoup cette idée ! Je n'ai pas eu le temps de tout lire pour l'instant, puisque je suis en stage, mais dès que j'ai un moment je m'y remets. J'aime beaucoup ces histoires de races parallèles, de vampires et de magie... J'écrivais de la fantasy aussi, avant de me mettre au polar!
Bonne continuation à toi, et bon courage!

3. mon-journal-fantastique.sky (site web) 11/03/2009

Je la lirais plus tard ton histoire passe sur mon blog & biento j'aurais un site ossi =)

4. miniblonde 12/01/2009

du fantastique: ça ne m'étonne pas de toi!!Ce parallélisme entre la race humaine, les hybride, et les êtres fantastiques me convient parfaitement!
De plus, tu as fait attention à parler du ressenti du protagoniste ça s'est vraiment bien!!
En tout cas vivement la suite qui j'en suis sûre, sera riche en rebondissements vu la trame que tu as créee
++

5. CanellStory (site web) 10/01/2009

"Ces rêves étaient remplis de sang comme on rêve de nourriture mais aussi comme on rêve d'une amante, d'un amour languissant."

J'aime beaucoup ! Je ne m'attendais pas à lire du fantastique mais plus de la science fiction, c'est bizarre...En tout cas, je ne suis pas déçue !=P

6. CanellStory (site web) 05/01/2009

Rah, je n'ai pas encore eu le temps de le lire...Promis, je le lirais cette semainehistoire de quitter la vie morose et enneigée xD

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