A l'eau de rose : nouvelle 5

 

Un jour il me vint à penser qu’il faudrait, pour mon bien, me mettre en quête de l’amour, but ultime de chaque être humain. Nous cherchons sans savoir que depuis notre enfance, nous sommes entourés d’amour. Des degrés d’amour différents qui vont de l’amour parental à l’amour amical en passant par l’amour respectueux ou l’amour sous tellement de formes que nous ne puissions le définir avec exactitude. Mais peut m’importait cet amour trop commun pour que je m’en rende compte, moi je ne désirais que « le grand amour ». Celui dont on parle dans les livres, dans les films ou encore entre copines. L’âme sœur, l’autre moi, mon contraire, ma vie. Tous ces mots sans réelle consistance, mais si lourd de sens, que je ne pensais pas passer une vie sans en connaître la saveur. Je ne savais par où commencer. Ni à qui en parler. Personne ne pouvait m’aider car j’en fis une affaire personnelle. Un homme, une femme quelle importance, du moment qu’il me correspondait. Je décidai donc de suivre mon instinct, et pensais que lorsque je le verrais, tout au fond de mon être, je le saurais. A ce moment là, seulement, j’aviserais.

C’est bon, après avoir essayé un peu toutes les possibilités qui s’ouvraient à moi, petites annonces, tchat, collègues, amis, inconnus, j’avais trouvé. Comme je l’avais prévu, dès que je l’avais vu un déclic c’était déclenché en moi. Ensuite, après avoir longuement tergiversée, je me jetai à l’eau, l’abordant. Je lui ai demandé l’heure. Nous avons discuté, la conversation dura, dérivant sur des choses inintéressantes et ennuyantes à souhait. Puis, au moment même où je prenais mon courage à deux mains, il me demanda mon numéro. Deux pensées me traversèrent alors l’esprit : la première ouhaa, la seconde on a pensé la même chose en même temps, c’est un signe nous étions fait pour nous rencontrer. Nous nous quittâmes peu après, cet échange. En rentrant chez moi, je notais tous cela quelque part pour ne pas l’oublier. En vérifiant mon téléphone, pour savoir (on ne sait jamais) si je n’avais pas rêvé. Non. Son numéro s’afficha sous son prénom. Extase, joie, euphorie, sentiments incontrôlable. Je m’allongeai sur mon lit, savourant le souvenir de cette rencontre. Je me rappelais son parfum, la couleur de ses yeux, la douceur de sa voix, sa silhouette gracieuse, ses mains parfaites, son sourire éblouissant. Je m’enivrais de ces images, comme d’une drogue nouvelle et excitante.

Il me rappela. Extraordinaire. Je ne m’y attendais plus. J’avais abandonné tout espoir, après une heure d’attente interminable. Je décrochais et lançais un allô ! neutre. Il répondit qu’il désirait parler à une certaine personne qui se trouva être moi. Je fus réellement flattée. Nous discourûmes pendant un long moment comme si nous nous connaissions depuis toujours. Il se décida, enfin à m’inviter boire un café, le lendemain après son travail. J’acceptai avec un enthousiasme non dissimulé. Je raccrochais après avoir confirmé. Quelques instant plus tard, je me rendis compte que j’avais négligemment oublié de lui demander le lieu du rendez-vous. Je le rappelais donc. Je tombai, à mon grand désespoir sur sa messagerie. J’attendis docilement, et mon téléphone sonna. C’était lui ! En effet, après un bref échange de paroles, nous nous aperçûmes que nous nous étions appelés en même temps, pour la même chose. C’est bon cet homme était fait pour moi, un signe m’avait été envoyé pour me le faire comprendre. Nous fixâmes donc un endroit, pas très loin de mon propre bureau ce qui m’arrangeai. Je lui souhaitai une agréable soirée et une bonne nuit, lui de même. Ainsi se termina notre première conversation téléphonique.

Je sortis du travail, plus guillerette qu’à la coutume, la perspective de ce tête à tête ayant légèrement éclairée cette journée plutôt maussade. J’arrivais une demi-heure à l’avance sur le lieu du rendez-vous et m’assit à une table, sortant des sudokus pour m’occuper. Il arriva quelques secondes plus tard, lui aussi largement en avance. Lorsqu’il m’aperçut, il éclata de rire, et quand, à mon tour, je le remarquai, je fus aussi prise d’un fou rire. Il eut du mal à rejoindre la table et à s’y asseoir. Nous ne pouvions plus nous arrêter, car à chaque fois que l’un des deux essayer de se retenir, il lui suffisait de croiser le regard de l’autre ou de l’entendre rire pour que la crise recommence. Nous étions l’un comme l’autre plus rouge qu’un nez de clown. Les clients du café nous dévisageaient et chuchotaient en nous regardant. Lorsque enfin épuisés, les cotes brisées, les abdos bétonnés, la mâchoire en morceau nous arrêtâmes de rire, nous venions de sceller un pacte tacite qui nous unissaient à jamais par le rire. C’était à mon humble avis la meilleure façon de s’unir à jamais. Nous prîmes une boisson différente et nous les partageâmes. Nous ne parlions pas, attendant que l’autre ouvre la bouche, remue ses lèvres pour y laisser échapper des mots. Nous payâmes et nous nous en allions. Nous marchâmes dans la rue pensant sûrement que si nous ouvrions la bouche cela briserait le silence. Il me prit la main au détour d’une rue, je le laissa faire attendant la suite. Il me déposa devant le métro, et parti me laissant pour seul souvenir un baiser sur la joue…

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